MOZART WOLFGANG AMADEUS

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La maturité (1779-1788)

Pendant trois ans, il pose les bases de son évolution future : concertos pour le piano, sonates pour violon et piano, sérénades qui font craquer les limites galantes du genre. Tout cela aboutit à un chef-d'œuvre dramatique qui, en dépit de la forme désuète de l'opera seria, offre les prémices de tout son art lyrique et symphonique : l'Idoménée (Munich, 29 janvier 1781). En mai, il rompt, après des scènes affligeantes, avec son employeur, l'archevêque Colloredo, et s'installe, sans ressources et sans situation, à Vienne. Son père désapprouve cette rébellion et prend plus mal encore les fiançailles de Wolfgang avec Constanze Weber, qu'il estime indigne de lui. Mozart passera outre et l'épousera le 3 août 1782.

Un problème se pose alors au Maître : comment gagner la plus vaste audience possible – car la vie même du jeune ménage en dépend –, non seulement en s'interdisant toute concession à la facilité, mais encore en mettant tout en œuvre pour hausser le public superficiel de Vienne à des hauteurs inaccoutumées ? Mozart a enfin l'occasion d'écrire, pour la scène, un opéra qui ressortit à un genre où il est libre, le Singspiel, et où il ne subit plus les lourdes contraintes de l'opera seria. L'Enlèvement au sérail, opérette allemande, inaugure, le 16 juillet 1782, la série de ses chefs-d'œuvre lyriques.

L'Enlèvement au sérail, Mozart

Photographie : L'Enlèvement au sérail, Mozart

Affiche de la création du singspiel L'Enlèvement au sérail de Wolfgang Amadeus Mozart, au Burgtheater de Vienne, le 16 juillet 1782. 

Crédits : AKG

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À partir de 1782, Mozart passe par des crises successives qui deviendront de plus en plus graves à mesure qu'il approche de la mort. Ces périodes où l'ethos se fait angoissé et, par moments, tragique (1783, 1785, 1787, 1790), alternent avec de merveilleuses accalmies (1784, 1786, 1788, 1791).

Aucun événement de sa vie privée ne saurait expliquer ces « strangulations ». Elles se comprennent, mais en partie seulement, par des problèmes de technique musicale : la rencontre de nouvelles formes d'écriture crée toujours chez lui une contraction de style qui ne peut se détendre que lorsque les nouveautés ont été complètement assimilées ; et, par assimilation, on n'entend pas l'art d'adopter des procédés (ce qui pour lui était un jeu d'enfant), mais le fait d'en arriver à parler ces langages à l'état naissant. Certes, après son retour de Paris, tous les styles proprement contemporains lui étaient devenus familiers, et ce n'est pas une des choses les moins stupéfiantes qu'un musicien doué d'une telle mémoire ait pu rester foncièrement libre à l'égard de toute imitation. Pourtant, il lui restait encore deux langages à découvrir et à faire siens : l'un qui avait son assise dans le passé, l'autre qui s'ouvrait audacieusement sur l'avenir. Le premier est la puissante structure baroque de type fugal, représenté par Jean-Sébastien Bach ; le second, illustré par Joseph Haydn, surtout dans ses quatuors à cordes, est le style thématique du type sonate, avec ce qu'il implique de richesse harmonique, par l'extension tonale, et de construction dialectique orientée vers la forme cyclique. C'est en 1782 que Mozart découvre ces deux langages antinomiques, qui sont d'ailleurs l'un et l'autre peu compatibles avec la mélodicité à laquelle son travail de synthèse l'a fait parvenir. C'est donc à un nouveau travail de synthèse qu'il va s'adonner durant ses deux premières années viennoises (1782-1783), synthèse d'autant plus vaste et difficile qu'elle doit englober tout ce qu'il a précédemment acquis. Ces découvertes, il les a faites à point nommé : tôt, puisqu'il n'a que vingt-six ans ; tard, puisqu'il n'a plus que neuf ans à vivre...

Mozart-Bach ! Conjonction historique impressionnante, d'autant plus qu'il fallait alors du courage, et presque de l'audace, pour remonter le cours du temps. En effet, Jean-Sébastien, mort en 1750, était, trente ans plus tard, non seulement méconnu, mais inconnu. Ses partitions étaient introuvables, et c'est par hasard qu'un diplomate mélomane, le baron van Swieten, rapporta de la cour de Prusse des copies manuscrites de quelques fugues du grand Cantor. Mozart prend feu, s'essaie à ce style périmé dont il est le seul alors à saisir la puissance. Et, en mai 1783, c'est la merveille, le chef-d'œuvre de sa musique religieuse : la Grande Messe en ut mineur (inachevée) K. 427. Pendant le même temps, il se concentre dans le travail ardu (comme il le déclare lui-même) de la composition thématique. Son coup d'essai est un coup de maître : en décembre 1782, le quatuor à cordes K. 387 i [...]

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Jean-Victor HOCQUARD, « MOZART WOLFGANG AMADEUS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 15 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/wolfgang-amadeus-mozart/