GOMBROWICZ WITOLD (1904-1969)

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Maturité et immaturité

De la Pologne où il naquit à Małoszyce jusqu'à sa mort à Vence en France, la vie et l'œuvre de Gombrowicz furent consacrées au conflit universel (qui chez lui prend un caractère obsessionnel) entre la maturité et l'immaturité, ou plutôt entre ce qui, à l'intérieur de l'homme, cherche à atteindre l'état adulte, et ce qui refuse cet état, s'en défend. Gombrowicz désire s'exprimer d'une façon assez courageuse et assez puissante pour imposer aux autres la « forme » qu'il aura donnée – à travers son œuvre même – à sa situation humaine particulière, tout en sauvegardant sa propre « immaturité ». La difficulté de ce projet est évidente : dans les catégories gombrowicziennes, l'« immaturité » s'oppose, chez l'homme, à la forme ; seul ce qui est « mûr » se prête à l'extériorisation. Or, dans notre réalité intérieure, privée, nous sommes l'immaturité. De là une alternance de motifs dans ce conflit central entre la maturité et l'immaturité, entre la forme et l'indétermination. « En un sens, dit Gombrowicz, l'homme se veut parfait ; il se veut Dieu. En l'autre il se veut jeune, il se veut imparfait ! »

Peut-être pourrait-on définir ainsi l'ambition de Gombrowicz : l'immaturité, lorsqu'elle s'exprime, est d'habitude compromettante, car elle arbore un masque et singe la maturité ; pourquoi ne pas renverser cette relation et mettre un esprit mûr, une forme exigeante, un art parfait au service de l'immaturité ? Ainsi, il n'y a qu'une contradiction apparente si d'une part Gombrowicz écrit : « Aucune pression historique ne saura tirer des paroles importantes d'hommes fixés dans l'immaturité », et s'il tend, d'autre part, à couler en bronze sa propre immaturité, fixer son indécision, ériger son indétermination en oracle.

Une telle entreprise – prendre une entière conscience de soi-même, en revendiquer la responsabilité, tirer les conséquences ultimes de ce qu'on a choisi d'être – nous est familière. Jean Genet a utilisé une méthode semblable pour faire reconnaître le pédéraste, le voleur, le traître. Mais d'ordinaire, nous [...]


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Écrit par :

  • : master of arts, University of St Andrews, Écosse, écrivain et critique, chargé de mission à l'Institut national de l'audiovisuel

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Pour citer l’article

Constantin JELENSKI, « GOMBROWICZ WITOLD - (1904-1969) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 février 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/witold-gombrowicz/