CHURCHILL WINSTON (1874-1965)

Une politique réaliste

Conférence de Yalta, 1945

Conférence de Yalta, 1945

Conférence de Yalta, 1945

C'est au bord de la mer Noire, à Yalta, en Crimée, que se tient, entre le 4 et le 11 février 1945,…

Churchill a été avant tout l'homme des situations. Il leur applique ses conceptions du gouvernement et c'est à leur contact qu'il forge ses idées politiques. Pour lui, la responsabilité de l'homme d'État se fonde sur le loyalisme monarchique et la grandeur britannique. Le loyalisme monarchique impose le respect du système politique, mais aussi la sauvegarde des institutions sociales ; il se montrera toujours passionnément attaché aux prérogatives des Communes comme à celles de l'aristocratie. La grandeur britannique est pour lui l'impératif majeur de l'intérêt national ; c'est ainsi qu'il n'hésitera pas à heurter l'opinion pacifiste de l'entre-deux-guerres. Tout en respectant les rites et conventions politiques, il applique ses conceptions avec une fermeté fortement teintée d'autoritarisme. Il a gardé de la dernière guerre le sentiment que l'homme d'État est essentiellement un chef qui commande, dès lors qu'il prend conscience de sa mission. En cela, il s'est élevé au-dessus des institutions : Premier ministre, il domine son cabinet ; leader du Parti conservateur, il ignore les réactions partisanes. Cependant sa ligne de gouvernement est d'inspiration réaliste et ses choix politiques ne laissent aucune part à l'idéalisme. Passionnément humain, soucieux de faire éclater la vérité, il se sert de l'émotion qui le pénètre pour la communiquer aux autres : « Je n'ai rien à offrir que du sang, du travail, des larmes et de la sueur » (1940). Il fait taire les scrupules, au nom des intérêts de son pays, comme pourraient en témoigner les épisodes de Mers el-Kébir ou de Yalta pendant la Seconde Guerre mondiale.

Dans cette atmosphère réaliste, ses idées sont les éléments d'une politique concrète, voire conjoncturelle ; elles peuvent varier selon le moment et la position du personnage sur la scène politique. Elles relèvent toutes de la politique internationale et il ne semble pas que Churchill, convaincu sans doute de l'excellence de l'héritage traditionnel et victorien, ait poursuivi de grands desseins de politique intérieure. Sa première idée est l'impérialisme, la seule dont il gardera la passion, puis la nostalgie avec le déclin de l'empire. Patriote finalement satisfait d'avoir autrefois tempêté contre « l'heure de la faiblesse en Grande-Bretagne » en face de la montée hitlérienne, il défendra l'empire jusqu'au bout et s'insurgera contre l'abandon des Indes par les travaillistes en 1947. Son choix du « grand large » et de l'alliance privilégiée avec les Américains n'en est que le corollaire, dans la conviction que son pays doit jouer aux côtés des États-Unis un rôle particulier dans le concert international. Peut-être l'idée d'une Europe unie qu'il lance en 1947, avant de patronner l'année suivante la fondation du Conseil de l'Europe, se trouve-t-elle dans la même ligne, encore qu'à son retour au pouvoir il se soit bien gardé d'y engager la Grande-Bretagne. Par ailleurs, il s'est fait l'apôtre de l'anticommunisme. Dès 1918, il manifeste son horreur du bolchevisme et réclame une intervention alliée en Russie ; c'est lui qui, dans son célèbre discours de Fulton (1946), parlera le premier du « rideau de fer » et engagera la guerre froide. Mais les sentiments ne l'ont jamais aveuglé et il n'hésite pas à faire de l'URSS un allié contre le nazisme, avant de partager avec Staline l'Europe en zones d'influence. En fin de compte, toutes ses conceptions relèvent de la politique et de la diplomatie traditionnelles, mais Churchill leur a parfois donné la vigueur incomparable de son génie et du sentiment de sa mission.

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Écrit par

  • Albert MABILEAU : professeur de sciences politiques à l'université de Bordeaux-I

Classification

Pour citer cet article

Albert MABILEAU, « CHURCHILL WINSTON (1874-1965) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le . URL :

Médias

Winston Churchill le jour de la victoire

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Le Premier ministre britannique Winston Churchill (1874-1965) dans Whitehall, le 9 mai 1945, jour de…

Boers au combat

Boers au combat

Boers au combat

Des Boers, en position défensive, près de Mafeking, en Afrique du Sud, en 1899.

Churchill à Lille

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Churchill à Lille

Winston Churchill, secrétaire d’État à la Guerre, sur la Grand-Place de Lille, le 22 octobre 1918.

Autres références

  • ARMISTICE DE 1940

    • Écrit par Guy ROSSI-LANDI
    • 935 mots
    • 1 média

    L'armistice franco-allemand signé à Rethondes le 22 juin 1940 par le général Huntziger et le général Keitel reste l'un des sujets les plus controversés de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale. La « drôle de guerre » a pris fin le 10 mai 1940 avec l'invasion de...

  • ATTLEE CLEMENT (1883-1967)

    • Écrit par Roland MARX
    • 857 mots
    • 2 médias

    D'origine bourgeoise, éduqué à Oxford, professeur à la London School of Economics de 1913 à 1923, Clement Attlee est l'homme de la première véritable expérience socialiste en Grande-Bretagne de 1945 à 1951. Entré dans le Labour Party après avoir adhéré à l'organisation néo-libérale de l'Union...

  • CONSERVATEURS, Royaume-Uni

    • Écrit par Universalis, Roland MARX
    • 1 422 mots
    • 4 médias

    L'un des grands partis politiques britanniques, dont le nom apparaît vers 1836 pour succéder au traditionnel terme « tory ». Dès la naissance du parti, Robert Peel lui fixe l'objectif d'associer classes moyennes et supérieures et de favoriser les évolutions qui ne compromettraient...

  • DARDANELLES EXPÉDITION DES (mars-déc. 1915)

    • Écrit par Pierre GOBERT
    • 349 mots
    • 1 média

    Afin de rouvrir, par le Bosphore et la mer Noire, des communications faciles avec la Russie, les Britanniques (sous l'impulsion de Winston Churchill) ont imaginé, dès la fin de 1914, de porter un coup décisif à Constantinople. Il leur faut d'abord forcer le détroit des Dardanelles par une opération...

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