GOLDING WILLIAM (1911-1993)

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L'œuvre de Golding est celle d'un moraliste qui utilise avec brio l'allégorie et la métaphore pour réaliser progressivement, au fil de ses romans, son dessein : peindre l'homme à travers une unité de vision, celle de la chute et du triomphe du Mal.

Ce romancier-philosophe doté d'une imagination vigoureuse et d'un exceptionnel talent à faire jaillir les métaphores, se voudrait « créateur de mythe », car pour lui le mythe, au contraire de la fable qui n'est qu'un produit de l'imagination, procède de la racine même des choses et peut apporter une signification à la vie et à l'expérience.

Son premier roman, Lord of the Flies, 1954 (Sa Majesté des mouches) fut d'abord refusé par de nombreux éditeurs, mais lui valut rapidement un succès international et fut porté à l'écran par Peter Brook en 1963. Golding emprunte à Ballantyne le thème romantique de Coral Island (1858), l'île déserte par hasard peuplée d'enfants ; et si le récit commence comme un simple roman d'aventures, l'œuvre, au plan allégorique, est fort complexe : d'emblée la beauté de la nature est en harmonie avec l'innocence qui règne au cœur des enfants. Puis vient la dissonance, et la splendeur du monde rend plus cruellement sensible la laideur morale des êtres : avec la crainte, les enfants perdent leur innocence et ne sont plus que des sauvages dont la violence et l'agressivité transforment le rêve paradisiaque en infernal cauchemar ; le mal est bien en l'homme, il n'est que le produit naturel de la conscience des enfants et si la sainteté existe parfois, la nature profonde de l'homme n'a de cesse de l'exterminer définitivement.

On trouve cette vision pessimiste, presque désespérée, dans le second roman de Golding, The Inheritors, 1955 (Les Héritiers), dans lequel il conteste que l'évolution soit synonyme de progrès, utilisant pour cela la situation allégorique d'un groupe de primitifs dominés et vaincus par un être plus habile appelé homme, assoiffé de haine et de destruction. Le progrès de notre monde civilisé est un mythe qui a échoué et n'a amené que le retour du mal et de la culpabilité universels sans pour autant amener Dieu. C'est là une idéologie bien pessimiste pour un homme dont l'éducation fut fortement marquée par le rationalisme du xixe siècle et dont la formation première fut celle d'un scientifique.

Avec Pincher Martin, 1956 (Chris Martin), Golding révèle avec plus de précision sa vision de l'homme. Ce roman, dont la technique originale et le dénouement à surprise ne sont pas sans rappeler Ambrose Bierce, est celui de la lutte pour la vie non seulement physique, mais aussi intellectuelle et affective : placé dans certaines circonstances, l'homme abandonne son masque social et utilise n'importe quel moyen pour survivre ; il démasque alors sa nature véritable.

Dorénavant, Golding va pousser plus loin encore l'exploration de la nature essentielle de l'homme ; guidé par la préoccupation constante de l'existence du Bien et du Mal, s'il exclut Dieu de son œuvre, il ne nie pas la possibilité d'une autre transcendance capable d'exorciser la puissance des ténèbres : Free Fall, 1959 (Chute libre), The Spire, 1964 (La Nef), The Pyramid, 1967 (La Pyramide), The Scorpion God (1971) nous dépeignent des individus tiraillés entre des aspirations et des contingences contradictoires, tour à tour méprisées et valorisées par eux et qui pour survivre sont contraints de se limiter ou d'exterminer les autres dans leur vaine tentative de concilier l'inconciliable. De tels personnages sont encore les figures centrales de Darkness Visible, 1979 (Parade sauvage). Enfin Rites of Passage (1980), Close Quarters (1987), et Fire Down Below (1989) forment To the Ends of the Earth : A Sea Trilogy, à la fois roman d'éducation et épopée en prose.

William Golding, qui est né en Cornouailles d'un père enseignant, ardent rationaliste, et d'une mère militante suffragette, fut étudiant à Oxford avant de participer à la Seconde Guerre mondiale, expérience qui devait marquer profondément sa vision pessimiste de l'existence. À son retour, il fut professeur avant de se retirer pour se consacrer exclusivement à ses travaux littéraires. Golding a été consacré, en 1983, par le prix Nobel de littérature.

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Dans le chapitre « Inventeurs et visionnaires »  : […] Tel n'est pas le cas de William Golding, chez qui l'idée est parfaitement intégrée au symbole. La puissance d'une subjectivité hantée par une obsession unique – la présence du mal au cœur de l'homme, qui s'exprime dans le langage complexe de l'allégorie et du symbole – le sépare des autres romanciers de son époque (notamment de ceux qui, comme lui, traitent de l'éternel conflit entre bien et mal  […] Lire la suite

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F. GUIRAMAND, « GOLDING WILLIAM - (1911-1993) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/william-golding/