WANG YANGMING (1479-1529)

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Wang Yangming, le plus grand des penseurs de l'époque Ming, a donné tout son développement à une variante du néo-confucianisme proposée d'abord par Lu Jiuyuan (alias Lu Xiangshan, 1139-1193) et connue sous le nom de « philosophie de la conscience » (xinxue). Sa doctrine est caractérisée par l'intériorisation de la « raison [des choses] » (li) que Zhu Xi avait identifiée à l'Être absolu. Aussi a-t-elle souvent été présentée comme un exemple chinois d'idéalisme ; cependant, la réflexion dont elle part reste tout à fait étrangère à la critique de la connaissance et demeure réflexion sur l'action, dans le droit fil de la tradition confucianiste. De tous les philosophes chinois, Wang Yangming est même celui dont la pensée est le plus étroitement tributaire des expériences de la vie, d'une vie marquée pour lui de toutes les vicissitudes associées à l'activité politique.

Méditation et action

Wang Shouren, plus connu sous le nom de Wang Yangming, une de ses appellations, naquit dans une famille de la haute aristocratie mandarinale du Zhejiang. Son père, reçu premier au concours triennal, fut grand secrétaire du département de la Fonction publique. Lui-même fit preuve d'une rare précocité dans la composition littéraire, tout en affirmant très tôt sa résolution de rechercher avant tout la sainteté. À dix-sept ans, le jour de son mariage, il se rend au temple taoïste le plus proche, y voit un moine en méditation et se met à méditer avec lui en oubliant de rentrer se marier. À vingt et un ans, au cours d'un séjour dans la capitale, il imagine avec un ami de faire l'épreuve de la philosophie de Zhu Xi, qu'il vient de découvrir, en s'efforçant de pénétrer le li (raison d'être) des bambous de son jardin par le seul moyen d'une observation fixe des plantes poursuivie sans relâche des jours durant. N'ayant réussi qu'à se rendre malade, il va désormais se rabattre, déçu, sur les études académiques, non sans revenir épisodiquement au néo-confucianisme, s'instruire accessoirement de l'art de la guerre et se passionner quelque temps pour les techniques taoïstes d'immortalité. Son succès au concours triennal de 1499, après deux échecs en 1493 et 1496, le fait entrer dans la carrière de fonctionnaire ; mais il continue d'hésiter entre l'administration, la fuite hors du siècle et la spéculation dans le sens néo-confucianiste, jusqu'à ce qu'un grave coup du sort l'éveille miraculeusement à sa voie. Pour avoir pris parti en faveur de condamnés politiques victimes de leur opposition à l'eunuque Liu Jin qui s'était emparé du pouvoir à l'avènement de l'empereur Wuzong, Wang Yangming est en 1506 muté dans la lointaine province tropicale et barbare du Guizhou. Il y prend ses nouvelles fonctions, dérisoires, en 1508, après un pénible voyage émaillé de tentatives d'assassinat perpétrées contre lui par des sicaires lancés sur ses traces. C'est dans cette extrême adversité qu'une soudaine illumination le jette une nuit hors de son lit, bondissant de joie à la découverte de la nature du vrai savoir. Un peu plus tard, l'eunuque Liu Jin disgrâcié à son tour et exécuté, Wang Yangming est rappelé de son exil. Dès lors, on lui confie des responsabilités, civiles ou militaires, de plus en plus importantes, dans lesquelles il gagne une autorité bientôt considérable en réussissant à réprimer, dans les provinces du Sud-Est, les jacqueries qui se multiplient et en convertissant de nombreux disciples au xinxue (philosophie de la conscience) qu'il prêche désormais avec constance.

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Pour citer l’article

Léon VANDERMEERSCH, « WANG YANGMING (1479-1529) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/wang-yangming/