WANG WEI (699 env.-env. 759)

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Toute peinture est poésie

Au viiie siècle, au moment où la peinture chinoise de personnages et d'animaux atteint son apogée, le paysage commence à prendre son essor. Wang Wei, qui fut apprécié par ses contemporains pour sa poésie et ses talents de musicien, dut attendre plusieurs siècles pour être reconnu comme un des plus grands peintres chinois ; on lui décerna alors le titre de « Patriarche des paysagistes de l'école du Sud ».

Peu appréciée de son vivant, l'œuvre de paysagiste de Wang Wei est classée par le critique Zhu Jingxuan parmi les peintures de quatrième catégorie (sur neuf). Wu Daozi, son contemporain, est classé premier, Li Sixun et Zhang Zao, deux autres peintres paysagistes, sont classés dans la troisième catégorie. Selon le même critique, ses paysages sont influencés par Wu Daozi mais conservent toutefois une certaine originalité.

Selon un autre critique du ixe siècle, Zhang Yanyuan, son style porte la marque à la fois des Anciens et des Modernes. Le même auteur ajoute que les peintures de Wang Wei qui figurent chez les collectionneurs de l'époque, et qui représentent généralement des scènes champêtres, sont faites en partie par ses serviteurs ; la facture naïve des arbres de l'arrière-plan et la minutie excessive des détails en seraient la preuve. L'auteur apprécie particulièrement la touche vigoureuse du pinceau de l'artiste dans la peinture murale représentant la villa Wangchuan, au monastère Qingyuanshi. En outre, Zhang Yanyuan atteste avoir vu des paysages de Wang Wei peints en lavis direct, selon le procédé de l'encre brisée (pomo). Cette technique, personnelle à l'artiste et qui devient par la suite caractéristique de la peinture des lettrés, contraste avec les coloris bleu, vert et or de la famille des Li (Li Sixun et Li Zhaodao) et avec le trait vigoureux très légèrement teinté de Wu Daozi. C'est par cette technique du lavis que Wang Wei parvient à rendre les nuances et la subtilité du paysage qui l'entoure. Le fameux poète des Song, Su Shi (ou Su Dongpo), disait avec justesse de son art : « Ses peintures sont des poèmes ; ses poèmes, des peintures. »

Aujourd'hui, aucune œuvre de Wang Wei ne subsiste qui soit d'une authenticité certaine. Pourtant, des copies souvent tardives de certaines de ses peintures permettent d'avoir un aperçu de son style. La gravure sur pierre d'une copie par le peintre Song Guo Zhongshu d'après la peinture murale originale représentant la villa Wangchuan nous donne les éléments de la composition initiale.

Les copies les plus célèbres d'œuvres de Wang Wei sont les trois ou quatre versions de l'Éclaircie après la neige sur les monts près de la rivière (Jiangshan xueji tu, coll. Luo Zhenyu) et le portrait de Fusheng.

Par contre, Neige au bord de la rivière, appartenant autrefois à la maison impériale de Mandchourie, pourrait être un exemplaire authentique ou une copie des Song du Nord. Cette feuille d'album porte sur la marge de droite un titre de la main même de l'empereur Huizong. Sur la partie supérieure se trouvent trois colophons, l'un daté de 1621 par le peintre Dong Qichang, les deux autres par l'empereur Qianlong. Au premier plan, un pont conduit à une plate-forme rocailleuse ; là, dans trois pavillons, des personnages méditent. Derrière les arbres nus s'étend, en contrebas, un lac sombre aux eaux immobiles ; deux personnages rament dans un bateau ; au loin, deux maisons, dont seuls les toits recouverts de neige sont visibles, se distinguent d'un banc d'îlots. Le charme de la composition naît en grande partie du contraste entre les larges taches d'encre foncée et la blancheur de la neige. Par des effets subtils de lavis règnent le silence et la quiétude particulière à la poésie de Wang Wei.

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Jean-Pierre DIÉNY, Ching-lang HOU, « WANG WEI (699 env.-env. 759) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 février 2023. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/wang-wei-699-env-env-759/