VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT, Louis-Ferdinand CélineFiche de lecture

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Roman, pamphlet ou autobiographie ?

Parce qu'il est une longue variation sur les thèmes de la misère et de la mort, Voyage au bout de la nuit, à sa parution, apparut, aux yeux d'écrivains de droite tels Bernanos ou Léon Daudet, comme une profession de foi humaniste, exprimant jusqu'au paroxysme tout le désespoir de l'homme moderne. Parce qu'il faisait le procès de la guerre, de l'exploitation coloniale, du travail industriel taylorisé et des banlieues déshéritées, il impressionnait les hommes de gauche, d'Aragon à Trotski, par la puissance de sa critique sociale. Tous s'accordaient néanmoins à y voir avant tout un témoignage ou un pamphlet, confirmés en cela par le fait que plus l'homme Céline était révélé par la presse, plus l'inspiration autobiographique de son roman se faisait jour : les expériences de Bardamu, l'auteur les avait vécues. En revanche, tout ce qui annonçait le projet esthétique de Céline, à savoir une totale révolution du langage narratif, passa à peu près inaperçu.

C'est pourquoi, lorsque, quatre ans plus tard, parut Mort à crédit, ceux-là même qui avaient encensé Voyage au bout de la nuit furent déconcertés : la critique du monde moderne laissait place aux souvenirs d'enfance ; l'engagement idéologique avait presque disparu ; l'homme à idées et à messages n'était plus qu'un homme à style, avant tout préoccupé de forger sa « petite musique ». Ce malentendu persiste encore aujourd'hui. Roman le plus connu, le plus lu et le plus étudié de Céline, Voyage au bout de la nuit continue d'être considéré par beaucoup comme le chef-d'œuvre de Céline, et d'occulter, par sa popularité même, le reste de sa production littéraire. Il est temps de mettre à sa vraie place – celle d'un coup d'essai, d'un point de départ – une œuvre que son auteur jugeait rétrospectivement « vraiment méchante » et dont il critiquait le style « trop vieillot et trop timide ». En Préface à la réédition de celle-ci, en 1949, il écrivait : « Si j'étais pas tellement astreint, contraint, je supprimerais tout... surtout le Voyage... »

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Écrit par :

  • : agrégé de lettres modernes, ancien élève de l'École normale supérieure

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Pour citer l’article

Philippe DULAC, « VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT, Louis-Ferdinand Céline - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 décembre 2018. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/voyage-au-bout-de-la-nuit/