VOIX, physiologie

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Structures anatomiques

Les modifications des structures aux différentes étapes évolutives de la fonction vocale aboutissent avec le larynx humain à réaliser l'organe complexe qui produit les sons de la parole : manifestation d'une amélioration progressive de cette fonction.

Sous quelles influences ces transformations se sont-elles élaborées et à quel déterminisme ont-elles obéi ? Dans la mutation des structures anatomiques qui a finalement donné lieu à la disposition des organes phonateurs de l'Homo sapiens, les facteurs déterminants relèvent avant tout de l'adaptation à un mode de vie particulier, en rapport avec les nécessités de l'environnement : il s'agit de la vie arboricole et de l'acquisition de la station érigée. La station verticale et corrélativement le changement d'affectation de l'appareil locomoteur antérieur entraînent une régression et une diminution notable du volume des maxillaires. La faculté de grimper, qui accompagne cette adaptation nouvelle des membres antérieurs devenus supérieurs, autorise une vie arboricole ; dès lors, l'efficacité du geste de traction nécessite la fixité du point d'attache des membres, c'est-à-dire un blocage de la ceinture scapulaire qui ne peut être obtenu que par une apnée en inspiration.

La rigidité de la cage thoracique exige, en effet, que l'air inspiré soit hermétiquement contenu, c'est-à-dire qu'existe une occlusion glottique totale, grâce à quoi l'émission de sons prolongés et durables devient possible, ce qui donnera naissance au langage humain.

En revanche, si l'expiration peut être maintenue et contrôlée, le débit inspiratoire s'en trouve diminué. L'ouverture glottique maximale demeure moins large que chez les espèces où le larynx n'est pas occlusif. Ainsi, le débit du souffle que nécessite une échappée rapide devant le danger se trouve compensé par la possibilité d'un signal d'appel plus fort et plus continu et d'une fuite rendue possible par l'évasion dans les arbres.

En conséquence de la station érigée que permet la bipédie, les structures anatomiques des résonateurs se modifient. Chez la plupart des quadrupèdes, en effet, l'axe de la tête se trouve en prolongement de l'axe du corps : il s'ensuit que le voile du palais se place au contact de l'épiglotte, et parfois même repose normalement sur sa face postérieure.

Avec la verticalité de sa stature et la régression des mandibules, la tête de l'homme a dû basculer, formant un angle de 900 avec la colonne vertébrale, cependant que la boîte crânienne et la masse cérébrale se développaient considérablement. Dès lors, le voile du palais se sépare de l'épiglotte, qui demeure en situation cervicale ; et en outre, la langue acquiert une plus grande mobilité.

Ces différentes modifications auront pour conséquence une meilleure exploitation d'un son laryngé devenu plus continu. Souplesse d'articulation de la langue avec séparation possible des cavités nasales et orales sont autant d'atouts pour la réalisation de signaux sonores variés, qui constitueront la base des sons de la parole. Enfin, le prodigieux développement du système nerveux central permettra d'utiliser toutes ces possibilités pour la réalisation d'un langage hautement élaboré.

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Écrit par :

  • : oto-rhino-laryngologiste, phoniatre, ancien chef de clinique à la faculté de médecine de Paris
  • : oto-rhino-laryngologiste, professeur associé de phoniatrie à l'université de Paris-Sorbonne

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Pour citer l’article

Jean ABITBOL, Bernard VALLANCIEN, « VOIX, physiologie », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/voix-physiologie/