VIVANT (notions de base)

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De l’animisme au vitalisme

Les hommes ont été longtemps animistes, c’est-à-dire convaincus que tout était vivant autour d’eux. C’est en vertu d’une projection qui avait sa logique propre qu’ils considéraient, après avoir repéré en eux-mêmes une intention précédant toutes leurs actions, que les phénomènes de la nature étaient de la même façon intentionnels, et que rien n’était inanimé. S’ils recevaient une pierre sur la tête en gravissant une montagne, c’est que l’esprit de la montagne cherchait à leur nuire. Il était donc nécessaire de mettre en œuvre des rituels destinés à l’apaiser. Pour la communauté, la maîtrise de ces rituels équilibrait cette vision animiste : si vivre entouré d’esprits invisibles peut sembler terrifiant, la capacité d’attirer leur bienveillance diminue en retour cette angoisse.

Quand des philosophies rationnelles remplacèrent progressivement sur le sol grec ces conceptions, elles n’évacuèrent pas pour autant en totalité l’animisme archaïque. On trouve chez la plupart des penseurs grecs l’idée d’une « âme du monde », certains d’entre eux développant même l’hypothèse selon laquelle la Nature serait un gigantesque être vivant. Les stoïciens, dans l’Antiquité tardive, ont donné une forme subtile à cette thèse en supposant qu’une « sympathie universelle » reliait tous les corps. Pour cette école de pensée, la Nature en son ensemble est un corps vivant dont nous sommes en quelque sorte les éléments ; il nous faut en prendre soin et vivre en symbiose avec lui.

Cette conception a survécu dans la Modernité, aussi bien avec le panthéisme de Baruch Spinoza (1632-1677), qui divinise le corps éternel de la Nature – « Deus sive Natura », écrit-il, « Dieu, c’est-à-dire la Nature –, qu’avec Friedrich Nietzsche (1844-1900), grand admirateur des stoïciens comme de Spinoza, qui écrit dans l’un de ses cahiers : « Notre Univers tout entier n’est que la cendre d’innombrables êtres vivants : et si minime que soit le vivant comparé à la totalité : il reste que tout fut déjà (au moins) une fois converti en vie, et ainsi de suite » (Fragments posthumes, 1881).

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Écrit par :

  • : professeur agrégé de l'Université, docteur d'État ès lettres, professeur de khâgne

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Pour citer l’article

Philippe GRANAROLO, « VIVANT (notions de base) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/vivant-notions-de-base/