CSOKONAI VITÉZ MIHÁLY (1773-1805)

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« Il faut être bien sot... »

Le retard sur l'évolution des lettres européennes et l'anachronisme de la situation faite à l'artiste expliquent souvent certains traits de la littérature hongroise. Csokonai tire profit de l'un, même s'il pâtit de l'autre. En effet, l'enfant prodige d'un chirurgien-barbier, qui apprend très vite le grec, le latin, l'italien, le français et l'allemand, reçoit, dans le vieux collège de sa ville natale, une culture vaste, mais éclectique et passablement démodée ; et pour tout viatique, outre les inévitables auteurs classiques, il aura l'Arioste, le Tasse, le Cavalier Marin, Giambattista Guarini, Métastase, les poètes anacréontiques de l'Arcadie italienne, maîtres baroques et rococo, souvent de second ordre, dont les pastorales, les chansons, les cantates lui serviront pour longtemps d'exemple et d'exercices de traduction. L'autre influence, subie dès l'adolescence, n'est pas moins archaïque, bien qu'elle soit d'une essence toute différente : celle des anciennes chansons d'amour populaires – ces « chansons de fleurs » jamais imprimées –, et celle des poèmes goliardiques, gaillards, irrespectueux et truculents, dont l'esprit alimentera certaines pièces de circonstance, saynètes satiriques, épopées travesties.

Mais où trouver un public pour l'un et l'autre ton, le mythologique et le populaire, et un public qui puisse entretenir son chanteur ! Csokonai, qui pourtant, dès ses années de collège, se destine à sa vocation poétique, doit vite renoncer à ses illusions et se répéter avec le protagoniste d'une de ses comédies, Tempefoi : « Il faut être bien sot pour vouloir devenir poète en Hongrie... » Lui qui a une conception très élevée, mais déjà bourgeoise, de l'activité artistique, et qui considère que le poète devrait pouvoir vivre de sa plume, se meut encore, en vérité, à l'intérieur d'une civilisation féodale où l'on ne trouve que très peu d'aristocrates éclairés et généreux, et où une bourgeoisie à la fois cultivée et pleine de ferveur nationale tardera longtemps à apparaître. C'est en vain donc qu'après avoir été chassé de son collège, Cso [...]

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Gyula SIPOS, « CSOKONAI VITÉZ MIHÁLY - (1773-1805) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 09 mai 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/vitez-mihaly-csokonai/