LINDON VINCENT (1959- )

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Un acteur de caractère à l’image contrastée

Pour beaucoup, Vincent Lindon incarnerait une sorte de Monsieur-tout-le-monde semblable à celui que rencontre une femme seule un Vendredi soir (Claire Denis, 2002). Mais il a aussi interprété un docteur Charcot particulièrement sobre (Augustine, Alice Winocour, 2012). Et, dans Pater (Alain Cavalier, 2011), il joue le rôle d’un Premier ministre en rivalité avec le président de la République interprété par le metteur en scène lui-même. Entre suite de répétitions et improvisations, le film propose une réflexion facétieuse sur l’art du comédien. En fait, s’il est un des rares acteurs français crédibles dans des rôles de salarié ou d’employé, Vincent Lindon aime surtout apparaître en personnage généreux, quoique toujours sur ses gardes (sauf vis-à-vis des femmes). Dès 1990, au volant d’un vieux camion, il recueille une vieille dame abandonnée et retape une bicoque avec son ami, chômeur comme lui (Gaspard et Robinson, Tony Gatlif) ; blessé par la vie, mais homme au grand cœur. Peu après, dans La Crise, il perd sa femme et son travail, mais ouvre les yeux sur les autres. À partir de 2000, il représente le quadragénaire d’aujourd’hui se débattant au milieu des pires « galères » professionnelles et sentimentales, tels le restaurateur lyonnais du Coût de la vie (Philippe Le Guay, 2002) ou, filmé allègrement par Pascal Thomas, l’agent immobilier immature, joueur invétéré, chassé de toutes parts et devant s’occuper de sa fillette tonique et fugueuse (Mercredi, folle journée !, 2000).

De la comédie au drame, Vincent Lindon peut tout interpréter, car il travaille personnellement l’entre-deux, quelle que soit la situation. Ce qui lui permet d’échapper aux stéréotypes d’un Lindon qui ferait du Lindon (l’ours mal léché mais brave type et bel homme). Ainsi, il traverse malicieusement le mystère bourgeois du Septième Ciel (Benoît Jacquot, 1997), dans lequel il voit son épouse cleptomane et en désamour, interprétée par Sandrine Kiberlain, fascinée par un improbable hypnotiseur. Il incarne le mari, intrus un peu balourd, mais qui saura à sa manière accompagner sa femme dans sa dérive éphémère, jusqu’à l’heureux dénouement. Grâce à la finesse du metteur en scène et au jeu des acteurs, l’« étude de femme » chère à Balzac se voit ici réinventée.

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Écrit par :

  • : professeur honoraire d'histoire et esthétique du cinéma, département des arts du spectacle de l'université de Caen

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Pour citer l’article

René PRÉDAL, « LINDON VINCENT (1959- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/vincent-lindon/