VERTU

Le mythe vertuiste

« La vertu antique (αρετ̀η), écrit Hegel, avait une signification précise et sûre, car elle avait son contenu solide dans la substance du peuple, et elle se proposait comme but un bien effectivement réel, un bien déjà existant. » Comment contester l'exigence d'αρετ̀η, quand celle-ci est conçue, suivant les termes de Gorgias, comme « la chose donnant à qui la possède la liberté pour lui-même et la domination sur les autres dans sa patrie » ? L'αρετ̀η, c'est d'abord la qualité propre d'une chose, ce qui la rend apte à remplir sa fonction, qu'il s'agisse d'une cithare, d'un cheval ou d'un discours. Aussi bien, en ce qui concerne l'homme, l'αρετ̀η est-elle ce en quoi se réalise sa nature propre, ce qui lui confère son excellence. Quoi de plus loin, en une première approche, du sens moral moderne du terme « vertu » !

Aussi bien est-on déconcerté de voir tant Platon au niveau du Ménon qu'Aristote dans l'Éthique à Nicomaque commencer par répondre aux questions de leur interlocuteur ; et, plutôt que de s'interroger sur la nature de la vertu, se demander respectivement si la vertu s'enseigne et « quels moyens il faut employer pour devenir vertueux ». Certes, les notions de justice et de vérité introduites par Platon le conduisent à réviser l'idéal d'αρετ̀η communément reçu. D'une part, la vertu est conçue dans le Théétète comme le résultat d'une fuite et d'une conversion, de l'autre elle apparaît au niveau du Philèbe comme art des dosages, sous la régulation de la norme suprême.

Pour Aristote, la réponse à la question posée est beaucoup plus immédiate. « Qu'il faille agir selon la droite raison, voilà ce que l'on accorde généralement ; admettons-le donc comme point de départ. » Or la droite raison nous enseigne à entretenir et à ménager nos forces vives pour les mieux conserver. Ainsi, la vertu apparaît comme art de la mesure et science du placement, bien plus comme stratégie du bonheur, puisque, en tant qu'habitude, elle devient la source d'un plaisir spécifique, lié à la répéti[...]

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ARISTOTE

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Dans le chapitre « La postérité d'Aristote »  : […] mettre en question le formalisme hérité de la morale kantienne. La théorie des vertus comme modèles concrets de comportement et, en particulier, le rôle attribué à la prudence comme forme spécifique d'intellectualité orientée vers l'action retrouvent aujourd'hui une nouvelle actualité. Certains, comme A. Mc Intyre, M. Walzer ou Ch. Taylor, s' […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/aristote/#i_2482

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Pour citer l’article

Baldine SAINT GIRONS, « VERTU », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le . URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/vertu/