VÉRONÈSE (1528-1588)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

La formation

Fils d'un spezapreda (tailleur de pierre-sculpteur) de Vérone, Paolo Caliari, dit Véronèse, est placé, dès l'âge de dix ans, pour y apprendre la peinture, chez Antonio Badile, mais il se plaît également, suivant l'exemple paternel, à faire des modèles en terre. Avide de connaître toutes les tendances qui vont de la tradition héritée de Mantegna à la génération véronaise du début du xvie siècle, déjà représentée de diverses manières à Venise, il fréquente Gianfrancesco Caroto et Torbido, qui travaillent dans le style de Giorgione, Antonio Badile, coloriste classique mais original et Domenico Brusasorzi, compositeur fantasque ; il s'intéresse également aux suggestions « froides » des maîtres de Brescia, de Romanino à Savoldo et à Moretto, dont il voit des peintures dans les églises de la ville. Soudain, pourtant, il adopte une attitude d'indépendance, tout en restant fidèle, en vertu des liens anciens, à la pureté cérébrale de certaines gammes de couleurs propres au vieil héritage gothique, qui était bien représenté à Vérone.

Il est certain que la mystérieuse formation de Paolo s'explique en grande partie par la situation particulière de cette ville dans la géographie artistique de l'époque : proche de Mantoue et de Parme, ainsi que des routes conduisant à Venise, Vérone était par là ouverte aux trouvailles les plus inédites du maniérisme. Paolo fit probablement quelques voyages à Mantoue, qui lui procurèrent le moyen de connaître directement les œuvres de Giulio Romano à la Reggia et au palais du Te. Il n'y trouva pas seulement une incitation explicite à suivre le « romanisme » monumental, dans le sillage de Michel-Ange ou du dernier Raphaël, mais surtout, semble-t-il, l'occasion de revenir au sens architectural de l'espace, figures et couleurs s'ordonnant alors à l'intérieur de celui-ci.

Par Mantoue peut-être, ou directement à Parme, et, de toute manière, grâce aux gravures et aux dessins de Parmesan et de Primatice, Véronèse entra ensuite en relation avec la peinture de Corrège et reçut de ces exemples de très fortes impressions, surtout en raison de leur correspondance avec sa propre conception originelle de la couleur, qu'il était porté à traiter en des tons froids s'accordant à travers dissonances et contrastes plutôt que fondus dans une sorte de brassage.

À cette très vaste connaissance de la peinture s'ajoute, chez Véronèse, la recherche d'un sens particulier de la composition, qui semble relever d'une vocation personnelle et qui, lui non plus, n'est cependant pas gratuit : Paolo appartenait en effet à une famille de tailleurs de pierre et très tôt il se mit en rapport avec le plus grand architecte de Vérone, Michele Sanmicheli. Avec son « classicisme maniériste », ce dernier unissait la leçon de Sangallo et celle de Giulio Romano, constituant ainsi, pour le jeune Paolo, un pont idéal qui devait le conduire directement à Palladio. Il est même possible que le rigoureux clair-obscur des créations de Sanmicheli ait inspiré le buon disegno de Véronèse, qui par la suite se tourna vers la sérénité de Palladio, comme ouvertement et dans une sorte d'harmonie de l'esprit.

Ce thème fondamental d'une composition de type architectural, qui acquiert lumière et sourire dans un équilibre paisible des couleurs, semble caractériser les toutes premières œuvres, qui sont bien révélatrices de Véronèse. La Madonna Bevilacqua-Lazise du musée de Vérone (jadis dans la chapelle achevée en 1548 à San Fermo) relève d'un style dont les traits essentiels se retrouvent parfois dans l'ambiance véronaise de Badile et de Caroto, ou même à Mantoue et à Parme. Déjà pourtant se détache, dans une absolue originalité, la couleur, encore ténue et un peu transparente, étendue en couches gris perle, tandis que sur les effets ainsi obtenus s'allient, en les soulignant souvent par des contrastes de tons chauds et froids, le jeu imprévu des ombres colorées, un goût recherché et joyeux pour le changement, la splendeur de l'agencement des nuances.

Au début des années soixante, Véronèse va franchement au-delà de toutes les expériences véni [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 4 pages

Médias de l’article

La Belle Nani, Véronèse

La Belle Nani, Véronèse
Crédits : Erich Lessing/ AKG-images

photographie

Le Repas chez Lévi, Véronèse

Le Repas chez Lévi, Véronèse
Crédits : Bridgeman Images

photographie

Les Noces de Cana, Véronèse

Les Noces de Cana, Véronèse
Crédits : Peter Willi/ Bridgeman Images

photographie

L'Enlèvement d'Europe, Véronèse

L'Enlèvement d'Europe, Véronèse
Crédits : Bridgeman Images

photographie

Afficher les 5 médias de l'article


Écrit par :

  • : professeur d'histoire de l'art moderne, faculté des Belles-Lettres, université de Venise

Classification

Autres références

«  VÉRONÈSE (1528-1588)  » est également traité dans :

ART & SCIENCES

  • Écrit par 
  • Jean-Pierre MOHEN
  •  • 6 155 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Quelques exemples d'études et de recherches réalisées en laboratoire »  : […] L'exploration d'un tableau de chevalet se fait d'abord avec la lumière frisante, qui provoque des ombres à partir des moindres reliefs causés par des craquelures, un décollement de la couche picturale, un empâtement de la matière utilisée dans un repeint ou une pliure de la toile autrefois réduite dans son format. Les ultraviolets émis par une lampe à vapeur de mercure, ou lampe de Wood, provoquen […] Lire la suite

DESSINS DE LA RENAISSANCE ITALIENNE (expositions)

  • Écrit par 
  • Martine VASSELIN
  •  • 956 mots

Dans divers espaces du musée du Louvre se sont tenues, durant le printemps de 2003, trois expositions de dessins de la Renaissance italienne : Michel-Ange, les dessins du Louvre  ; Léonard de Vinci, dessins et manuscrits et Savoir-faire, la variante dans le dessin italien au XVI e   siècle . Chacune des trois expositions proposait une visite commentée des coulisses de la création artistique, une […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Terisio PIGNATTI, « VÉRONÈSE (1528-1588) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/veronese/