GROSSMAN VASSILI SEMNOVITCH (1905-1964)

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Correspondant de guerre

Les premiers textes de Vassili Grossman traitent de la vie des ouvriers et se situent dans la ligne de la « littérature de production » imposée par le réalisme socialiste. Ainsi du roman Stepan Koltchouguine (Stepan Kolǔgin, 1937-1941), qui retrace les années d'apprentissage d'un jeune ouvrier komsomol. Il devient de la sorte un écrivain reconnu de l'establishment littéraire soviétique. Mais d'emblée, on perçoit dans ses écrits une vision originale, une indépendance d'esprit et un refus de l'optimisme de commande prôné par les autorités littéraires officielles des années 1930, en particulier lorsqu'il esquisse des tableaux de la vie quotidienne. Ainsi sa nouvelle Dans la ville de Berditchev (V gorode Berdi čev, 1934) présente-t-elle la guerre civile d'un point de vue peu banal : une femme commissaire de l'armée rouge vient accoucher dans une modeste famille juive. Elle y découvre les joies de la maternité avant de laisser là son bébé pour repartir au front.

La Seconde Guerre mondiale marque une période charnière dans l'existence de Grossman. Correspondant de guerre pour le journal de l'armée rouge, L'Étoile rouge, il écrit des chroniques qui jouissent parmi les soldats d'un succès aussi grand que celles d'Ilya Ehrenbourg ou de Konstantin Simonov. Il monte plus d'une fois en première ligne, participe, entre autres, à la bataille de Stalingrad puis à la libération de Berlin. Il découvre l'horreur des camps d'extermination nazis lorsqu'il visite les ruines de Treblinka, ce qu'il relate sur le vif dans le récit-reportage L'Enfer de Treblinka (Treblinskij ad, 1944), premier texte en U.R.S.S. à représenter l'Holocauste. Grossman y décrit méticuleusement les lieux et leur géométrie inhumaine, et retrace le chemin des condamnés vers la mort avec une précision et une crudité qui en soulignent l'atrocité. Ce thème lui tient d'autant plus à cœur qu'il apprend en 1944 la mort de sa mère, à Berditchev, en 1941, lors de l'extermination des 30 000 Juifs que comptait encore la ville.

Plusieurs mésaventures d [...]


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Écrit par :

  • : maître de conférences en littérature et culture russes à l'université de Paris-IV-Sorbonne

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Pour citer l’article

Hélène MÉLAT, « GROSSMAN VASSILI SEMNOVITCH - (1905-1964) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 juin 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/vassili-semnovitch-grossman/