CHALAMOV VARLAM (1907-1982)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Comment raconter les camps ?

Né en 1907, Varlam Chalamov est le dernier d'une famille de cinq enfants. Son père, prêtre de la cathédrale orthodoxe de Vologda, perd son ministère au début de la révolution d'Octobre 1917. Étudiant à Moscou, Varlam Chalamov est une première fois arrêté en 1929, pour avoir diffusé le Testament de Lénine. Il est condamné à trois ans de camp et envoyé au nord de l'Oural, sur la Vichéra où il travaille à la construction du combinat chimique de Berezniki. En 1932, il rentre à Moscou, et travaille comme journaliste. Son père meurt en 1933 ; il se marie en 1934. En 1937, lors de la Grande Terreur, il est à nouveau arrêté pour « activité contre-révolutionnaire trotskiste ». Cette fois, il est envoyé dans la région de la Kolyma. En 1943, sa peine est purgée mais on lui rajoute dix ans « sur les cornes » (en jargon concentrationnaire on désigne ainsi la condamnation supplémentaire de relais). Libéré en 1953, à la mort de Staline, Chalamov rentre à Moscou, rencontre Boris Pasternak à la suite d'une correspondance qu'ils avaient entamée, travaille dans une usine de matériaux de construction près de Kalinine.

Depuis l'âge de sa première condamnation à vingt-deux ans, Chalamov aura donc connu l'enfer du bagne subpolaire, avec des « crevards » errants comme des fantômes, avec le règne des truands, avec la pourriture de l'âme : « Le gel, ce même gel qui transformait un crachat en glaçon au vol, arrivait ainsi jusqu'à l'âme humaine. » L'âme se ratatine, puis disparaît. Il ne reste plus que la bestialité. L'homme est mort. Le génie de Chalamov est d'avoir tenté de le dire sans aucun discours. Son modèle littéraire est le laconisme pouchkinien. Ainsi dans « Sur parole » : « On jouait aux cartes chez le palefrenier Naoumov ». C'est presque textuellement le début d'un fragment inachevé de Pouchkine, sauf que, chez ce roi des truands qui règne sur une baraque de « crevards », on mise des vies d'hommes. « Sachka écarta les bras du mort, déchira le tricot de corps et tira le pull p [...]


1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 3 pages





Écrit par :

  • : professeur honoraire à l'université de Genève, recteur de l'université internationale Lomonosov à Genève, président des Rencontres internationales de Genève

Classification


Autres références

«  CHALAMOV VARLAM (1907-1982)  » est également traité dans :

RÉCITS DE LA KOLYMA, Varlam Chalamov - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Georges NIVAT
  •  • 911 mots

L'édition nouvelle en français des Récits de la Kolyma de Varlam Chalamov (trad. du russe par C. Fournier, S. Benech, L. Jurgenson, Verdier, 2003) est un événement dans la mesure où le texte complet de ce chef-d'œuvre de la littérature de l'inhumain est enfin disponible, et présenté avec rigueur. Les deux périodes de camp de ce fi […] Lire la suite

Pour citer l’article

Georges NIVAT, « CHALAMOV VARLAM - (1907-1982) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 février 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/varlam-chalamov/