VAN EYCK, UNE RÉVOLUTION OPTIQUE (exposition)

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Un réalisme analytique

Le xve siècle marque une mutation majeure pour l’art européen, et en particulier pour l’histoire de la peinture. En Italie, le Quattrocento découvre une nouvelle manière de représenter le monde, dans un regard vers l’Antiquité classique, qui aide à voir et respecter les proportions du corps humain, et dans l’application d’une perspective mathématique qui crée une structuration de l'espace ; les bâtiments sont ramenés à des formes géométriques simples qui créent plans et volumes où l'action peut se dérouler. Au nord des Alpes, Jan van Eyck inaugure une tout autre approche. Comme l’Italie, il se détourne de l’art délicat, raffiné et presque paradisiaque des années 1380-1420, mais il le fait par un « réalisme analytique » qui est d'abord celui de matières baignées dans une lumière qui les enveloppe et les pénètre. Il peint un monde saturé d'une présence silencieuse, rendant la surface des choses, les veinures d'un marbre, l'épaisseur d'un velours de brocart, la brillance ou la matité d'un laiton, le scintillement des feuilles dans un parterre végétal. Mais, si cette vérité des formes sert la vie intense des objets, leur surface révèle paradoxalement leur essence même, et participe d'un cosmos ordonné par le Créateur, et qui en est illuminé.

Cette révolution optique est d’abord permise par une amélioration technique. La peinture à l’huile existait bien avant Van Eyck, mais l’ajout de produits permettant des séchages très rapides conduit le peintre à superposer en glacis des couches très minces et translucides. La lumière, sous nos yeux, traverse ces glacis, rencontre une couche finale plus claire, et revient en nous donnant cette impression magique d’une surface qui irradie. Et, lorsque Van Eyck peint des matières qui, par définition, provoquent des reflets – l’armure métallique d’un saint, un flacon de verre –, l’illusion atteint le niveau d’un trompe-l’œil. Si l’Italie exprime alors le monde et le reconstitue superbement par l’intellect, Van Eyck l’approche et le rend magnifiquement par les sens.

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Christian HECK, « VAN EYCK, UNE RÉVOLUTION OPTIQUE (exposition) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 janvier 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/van-eyck-une-revolution-optique-exposition/