VAJRAYĀNA

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Mahāyāna et tantrisme

Pour se faire une idée de l'organisation doctrinale du Vajrayāna, il faut se reporter aux ultimes développements du Mahāyāna, dont les deux écoles centrales sont celle du Mādhyamika et celle du Yogācāra. La première insiste principalement sur la non-substantialité (śūnyatā) non seulement d'un principe individuel permanent (ātman), comme faisait déjà le Hīnayāna, mais aussi de tous les concepts possibles. La seconde se préoccupe plutôt de tracer, par-delà la śūnyatā, les contours de la conscience-pensée comprise comme réalité ultime et unique (cittamātratā). Ces deux écoles, à un certain moment, en viennent à s'harmoniser l'une avec l'autre, et c'est de cette synthèse pratique que procède l'Abhisamayālaṅkāra (ou « versus memoriales sur la réalisation de l'absolu »), fondée sur la très vaste littérature de la Prajñāpāramitā ou « Perfection de la gnose ». C'est surtout cette forme unifiée de bouddhisme qui, jointe aux pratiques tantriques, forma le Vajrayāna et atteignit le Tibet, après s'être établie dans le nord-ouest de l'Inde au viiie siècle de l'ère chrétienne. Dans ces régions, caractérisées par un très actif brassage de cultures religieuses, se développa un bouddhisme non conventionnel, qui se constitua sous les influences yogique, tantrique et alchimiste des siddha (les « parfaits ») et prit la dénomination de « voie rapide », par opposition à la voie lente et graduée du bouddhisme commun.

La poussée qui entraîna la fusion des principales orientations du Mahāyāna s'éclaire par la définition que Diṅnāga donne du concept de prajñā, ou connaissance supérieure : la prajñā, dans son sens global, est soit la connaissance unitaire, soit la voie qui y conduit. En d'autres termes et pour revenir aux deux écoles mentionnées, si, d'un côté, en vertu de la rigoureuse dialectique du Mādhyamika, qui vise essentiellement à réduire à l'absurde les traditionnelles structures cognitives, il est nécessaire de laisser la place libre, si l'on peut dire, à une authenticité du connaître et de l'être, de l'autre côté s'impose, d'une façon aussi inéluctable, la nécessité d'une pratique capable d'assurer efficacement une telle transformation, c'est-à-dire l'accomplissement de la bouddhéité qui est présente en puissance dans chaque homme : ainsi s'explique le rapprochement avec le Yogācāra, qui se caractérise, comme le nom l'indique, par une attitude plus pratique. C'est précisément en fonction d'une telle exigence, de cette recherche de moyens (upāya) que se comprend le fait que se soit greffé, sur la fusion déjà réalisée à partir des deux écoles en question, le troisième élément, particulier au bouddhisme tardif, qu'est le tantrisme. En fait, celui-ci ne comporte pas substantiellement, par rapport aux disciplines bouddhistes (et non bouddhistes) précédentes, de mutation quant aux fins. Ce qui change, c'est plutôt le nombre et le type des moyens. On pourrait résumer les caractéristiques majeures de l'immense méthodologie tantrique en disant qu'il s'agit là d'une synthèse des divers moyens – en matière de rite, de méditation et de yoga – qui opère à deux niveaux distincts : l'un magique et utilitaire ; l'autre initiatique, qui répond à un souci de transformation et à une visée sotériologique. Cette synthèse, pour différentes raisons, en vint à exercer une attirance particulière sur la culture du Tibet. À ce propos, notons un contraste entre l'Inde et celui-ci : le développement du bouddhisme en Inde part du Mahāyāna pour aboutir au tantrisme, tandis que le Tibet, où ce dernier l'emporte d'abord, fait une place de plus en plus grande au Mahāyāna, même si cette évolution, loin d'être dirigée contre le tantrisme, s'effectue à travers une intégration de celui-ci. En d'autres termes, tandis qu'en Inde s'éveille, à un certain moment et sous le poids de la spéculation doctrinale, un besoin d'expérience pratique, le Tibet, en un temps où la pratique était devenue une fin en soi, se montrera, en revanche, avide de doctrine, d'une doctrine fournissant une vision du monde ou une élucidation des pratiques.

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Écrit par :

  • : professeur à la Scuola orientale de l'université de Rome

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Pour citer l’article

Corrado PENSA, « VAJRAYĀNA », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 07 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/vajrayana/