URBANISATION DANS LE MONDE GRÉCO-ROMAIN

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L'urbanisme

La fondation n'a évidemment pas les mêmes conséquences selon qu'elle a lieu sur terrain libre ou qu'elle transforme une agglomération antérieure ; mais elle se passe rarement d'une opération d'urbanisme (à tout le moins, d'un programme architectural). De grands travaux pouvaient parfois faire violence à la nature et créer le site d'une cité prospère : ports artificiels à Alexandrie de Troade, à Séleucie et à Laodicée de Syrie ; à Alexandrie d'Égypte, la construction d'une colossale tour à feu dans l'île de Pharos et d'une chaussée reliant l'île à la terre, créant ainsi un double mouillage, le creusement d'un port artificiel, la « Caisse », Kibôtos, améliorent sensiblement les avantages originels du lieu. Vers le milieu du ive siècle avant J.-C., lorsque les habitants de Priène installent leur ville sur un nouveau site à l'abri des alluvionnements du Méandre, ils choisissent des pentes rocheuses raides et irrégulières, et leur imposent un plan en damier, au prix de terrassements considérables. Il en fallut aussi à Pergame, aménagée à partir du deuxième quart du iiie siècle pour être la capitale d'un royaume indépendant ; sur cette colline abrupte furent nivelées des esplanades portant les places, les sanctuaires et les palais de la ville, mais avec le souci de « s'adapter aux lignes du paysage » (R. Martin) et d'exprimer, de manière monumentale, la puissance de la dynastie régnante, celle des Attalides ; dans ces conditions exceptionnelles, le plan orthogonal est délaissé. Ailleurs, il reste la règle, car il répond à un souci d'efficacité et de commodité : on trace des axes, puis on a recours à des « grilles » pour déterminer les quartiers et le lotissement ; l'orientation est choisie, de façon empirique, en fonction du site, du soleil et des vents dominants.

Les villes sont fortifiées : l'acropole est un élément du paysage grec urbain aussi connu que l'agora. Mais si une citadelle, portée ou non par une hauteur, accompagne les enceintes, ce sont néanmoins celles-ci qui ont le rôle défensif essentiel. Très souvent, leur tracé déborde largement la zone habitée, et cela pour différentes raisons. D'abord, on peut chercher des points d'appui assez loin dans la campagne, sur les hauteurs qui dominent la ville (Priène ou Samothrace), à l'endroit le plus favorable d'un isthme (Byzance), apparemment sans craindre la longueur du circuit à défendre (32 km à Syracuse). Ensuite, les espaces libres ainsi protégés ne restent pas inutilisés. Ils offrent des refuges en cas de siège pour les gens de la campagne et leurs animaux, ils ont un rôle vivrier, jardins ou pâturages ; ils permettent d'éloigner des quartiers résidentiels les nuisances de certains ateliers (les fours des potiers, les tanneries) ; enfin, ils forment une réserve de terrain pour une extension ultérieure de la cité. À l'extérieur, près des routes, s'allongent les nécropoles, qui délimitent la ville aussi clairement que les murailles qui les dominent. La défense de la ville ne se dissocie pas de celle du territoire, protégé par des forts et même par des segments de remparts ; on en a relevé autour de la plaine d'Athènes et pas seulement dans les cités des confins, comme Olbia sur la côte de Crimée. L'Antiquité n'a certes pas ignoré les villes resserrées derrière leurs murs ni les villes ouvertes, mais le type de la ville au large dans ses fortifications se retrouve dans tout le monde gréco-romain. En Gaule, la colonie de Nîmes, fondée par Auguste, en donne un exemple où la fonction protectrice (contre les maraudages ?) compte sans doute moins que le désir de prestige.

Il faudrait encore étudier les lotissements, urbains et ruraux, effectués en concordance ; voir se développer les divers types de demeures des particuliers, en ville et hors de la ville, qui aboutiront aux formules romaines, domus ou maison particulière, insula ou immeuble collectif à étages, étonnantes « maisons-jardins » d'Ostie et la résidence préférée, la villa à la campagne. Aujourd'hui, les vestiges que nous voyons sont de pierre ou de brique ; dans les agglomérations de jadis, le bois et le torchis, la terre crue quand le climat le permettait, composaient sans doute bien davantage la physionomie urbaine.

Les b [...]

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Construction : aqueducs

Construction : aqueducs
Crédits : Planeta Actimedia S.A.© Encyclopædia Universalis France pour la version française.

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Avenue à portiques d'Apamée, Syrie

Avenue à portiques d'Apamée, Syrie
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Théâtre hellénistique, Priène

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Écrit par :

  • : professeur des Universités, université de Paris-X-Nanterre

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Pour citer l’article

Pierre CHUVIN, « URBANISATION DANS LE MONDE GRÉCO-ROMAIN », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/urbanisation-dans-le-monde-greco-romain/