U.M.P. (Union pour un mouvement populaire)

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L'union du gaullisme, de la droite et du centre

L'U.M.P. rassemble plusieurs forces politiques qui avaient une longue tradition. À la sortie de la Seconde Guerre mondiale, la droite traditionnelle était très affaiblie, du fait de sa collaboration avec le régime de Vichy, mais elle retrouva progressivement de la vigueur sous la IVe République, notamment autour du Centre national des indépendants et paysans (C.N.I.P.). Deux forces politiques nouvelles, fortes de leur participation à la Résistance, se structurent : le Mouvement républicain populaire (M.R.P.) et le Rassemblement du peuple français (R.P.F.). Le premier s'inspire du catholicisme social et propose une orientation politique centriste, rejetant à la fois le libéralisme classique et le socialisme. Le second rassemble les partisans du général de Gaulle, qui contestent les institutions de la IVe République et estiment qu'il faut, pour reconstruire la France, un pouvoir fort, capable de mettre au pas les partis politiques. Dès la fin des années 1940, les trois familles politiques, qui ont depuis en permanence représenté la droite et le centre de l'échiquier politique, sont donc en place : une droite qui hésite entre conservatisme et libéralisme, le centre démocrate-chrétien et le gaullisme. Ces trois courants s'opposent parfois mais savent aussi s'unir. Ainsi, en 1958, le M.R.P ; et le C.N.I.P soutiennent la politique du général de Gaulle. L'exercice du pouvoir et la fin de la guerre d'Algérie ramènent la division entre les trois acteurs.

Cependant, la logique de bipolarisation de la vie politique française, initiée par la Ve République, fait progressivement sentir ses effets : le centre, comme force politique autonome entre la gauche et la droite, cesse d'exister à partir de l'élection présidentielle de 1974. Il se rallie à Valéry Giscard d'Estaing, candidat de la droite libérale, pendant longtemps compagnon de route du gaullisme auquel il apportait un soutien critique à travers sa formation politique, les républicains indépendants. Une fois élu, le président Giscard d'Estaing va chercher à réunir ses soutiens non gaullistes dans une force politique nouvelle, susceptible de contrer le Rassemblement pour la République (R.P.R.), formation gaulliste refondée en 1976 par Jacques Chirac. C'est ainsi que naît l'Union pour la démocratie française (U.D.F.) qui est une fédération de partis réunissant essentiellement la droite libérale (les républicains indépendants, transformés en Parti républicain, P.R., en 1977), les héritiers de la démocratie chrétienne (regroupés dans le Centre des démocrates sociaux, C.D.S., à partir de 1976) et les radicaux ralliés à la droite. À la fin des années 1970, la droite française s'exprime donc à travers R.P.R. et U.D.F., qui recueillent à peu près les mêmes scores dans les urnes et qui se disputent le leadership sur la droite.

L'U.D.F. va s'affaiblir dans des années 1990 pour deux raisons principales, d'ailleurs liées : composée à la fois de notables libéraux et centristes, elle manque d'unité et de forces militantes. Elle ne parvient pas à faire émerger un présidentiable, fortement soutenu par toutes les composantes. L'échec de Raymond Barre en 1988 sera très révélateur de cette impuissance. Les tendances à l'éclatement se renforcent en 1998 au sujet de la stratégie à adopter à l'égard de l'extrême droite. Démocratie libérale (nouveau nom du P.R. depuis 1997), derrière Alain Madelin, refuse l'ostracisme à l'égard du Front national alors que Force démocrate (nouveau nom du Centre des démocrates sociaux depuis 1995), derrière François Bayrou, veut renforcer l'U.D.F., en faire une force politique unifiée et non plus fédérative, positionnée au centre, autonome à l'égard du R.P.R. et sans compromis avec l'extrême droite. Le conflit aboutit au départ de Démocratie libérale.

Dans un tel climat d'éclatement de la droite, Jacques Chirac veut créer un grand parti qui lui permettrait de se représenter pour un second mandat, au nom du gaullisme et de toutes les tendances de la droite et du centre. Mais les résistances sont fortes. Une vague structure provisoire, l'Union en mouvement (U.E.M.), se met en place fin 2001, qui va surtout prépa [...]

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Écrit par :

  • : professeur émérite de science politique à Sciences Po Grenoble, chercheur au laboratoire Pacte (UMR 5194, CNRS/ université Grenoble Alpes/Sciences Po Grenoble)

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Pour citer l’article

Pierre BRÉCHON, « U.M.P. (Union pour un mouvement populaire) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/union-pour-un-mouvement-populaire/