UNICA ZÜRN (exposition)

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Les poèmes-anagrammes

Entre 1953 et 1964, Unica Zürn a composé cent vingt-quatre poèmes-anagrammes, des productions analysées dans le catalogue par Barbara Safarova et Victoria Appelbe, deux contributions remarquables d’auteures déjà présentes dans le catalogue de l’exposition tenue à la Halle Saint-Pierre. Les anagrammes relèvent d’une multitude de significations. Néanmoins, il est possible d’identifier certains thèmes, comme ceux qui s’inspirent de sa nouvelle vie à Paris. Puis, en 1957, des créations empruntent aux poèmes d’Henri Michaux, avec lequel elle entretiendra définitivement une relation amoureuse fantasmée. Les anagrammes portent sur des chiffres symboliques à ses yeux et d’autres encore sur l’enfance, la jeunesse, la mort. Au cœur de l’exposition se trouve un superbe livre-objet composé lors du séjour d’Unica au centre hospitalier psychiatrique de Maison Blanche. Intitulé Oracles et spectacles, ce recueil constitué de quatorze poèmes-anagrammes et de huit eaux-fortes, avec une préface de Patrick Waldberg, un frontispice et un post-scriptum de Bellmer, a été réalisé par l’éditeur d’art Georges Visat en 1967.

Certaines planches évoquent plus particulièrement des éléments significatifs de la vie créative d’Unica Zürn. Un dessin complexe retient l’attention, dédicacé « à Carl Laszlo à côté de l’hôtel d’espérance ou Henri Michaux comme vous voulez (sic) » (Paris, 1960), une figure féminine en Janus à double face caresse les doigts d’une silhouette masculine à trois têtes dont un visage de face évoque Henri Michaux tandis que deux profils sont en retrait. D’autres figures sont à l’arrière-plan, des écrits en volutes occupent le ciel du dessin, mais il faut retourner la feuille pour les déchiffrer. Il s’agit d’un poème anagrammatique mentionné dans LHomme-Jasmin (1970), où Unica décèle son premier message de folie : « Ihr hättet eure Augen ausgerissen » (« Vous étiez prêts à vous arracher les yeux »). Ce verset tiré de l’Épître de saint Paul aux Galates leur rappelle combien ceux-ci l’aimaient lorsqu’il les avait convertis, mais leur reproche l’abandon de la foi chrétienne. Une citation à valeur de reproche reprise par Unica pour dénoncer l’abandon dont elle se sent victime au cours de l’enfermement psychiatrique. Dans le ciel, une étoile porte le nombre 6, symbole de mort pour elle, tandis qu’inversé le chiffre devient un 9, symbole de vie. Cette anagramme était primitivement dédicacée à son fils Christian et à Henri Michaux (écrite le 26 septembre 1960 à l’hôtel Minerve), l’ajout de Carl Laszlo (1923-2013) rappelle qu’Unica a publié des anagrammes dans Panderma (no 1 et no 2, 1958), la revue du grand collectionneur. Quant à Henri Michaux, il a su l’encourager à exprimer les hallucinations de son monde intérieur. L’exposition met en lumière la singularité de la démarche artistique d’Unica Zürn, loin des automatismes préconisés par le surréalisme, mouvement dans lequel, portée par sa proximité avec Bellmer et ses amis, elle a été trop vite inscrite.

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Pour citer l’article

Nelly FEUERHAHN, « UNICA ZÜRN (exposition) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/unica-zurn-exposition/