UNE FILLE, QUI DANSE (J. Barnes)Fiche de lecture

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Les failles de la mémoire

Publié en 2011 en Grande-Bretagne, Une fille, qui danse (traduit de l’anglais par Jean-Pierre Aoustin, Mercure de France, 2013) met tout d’abord en scène un groupe de lycéens londoniens dans les années 1960. Rappelant les jeunes héros de Metroland, Tony et ses condisciples manient sarcasme et ironie à la perfection, et admirent tout particulièrement Adrien pour son esprit et sa verve. Tony découvre l’amour et ses frustrations avec Veronica qui, quelques années plus tard, deviendra la compagne d’Adrien avant que celui-ci ne se suicide à l’âge de vingt-deux ans. Le roman fait alors un brusque bond de quarante ans : Tony est à présent à la retraite après avoir mené une existence plutôt terne, rythmée par un mariage, un enfant, un divorce. On l’informe que la mère de Veronica est décédée et qu’elle lui a légué une petite somme d’argent ainsi que le journal intime d’Adrien, dont Veronica peine pourtant à se défaire. Elle lui envoie néanmoins une copie de la lettre pleine de rancœur et de dépit que Tony avait adressée à Adrien après avoir appris leur liaison. Intrigué par les ellipses du journal d’Adrien, mais aussi par les tours que lui joue sa propre mémoire, Tony s’aperçoit que ses souvenirs approximatifs compliquent la lecture du passé.

Si le titre anglais du roman (The Sense of an Ending) pointait du doigt le temps qui passe et la mort qui approche, tout en soulignant la capacité de Julian Barnes à offrir au lecteur une fin percutante et inattendue, le titre français, Une fille, qui danse, est un clin d’œil à un des souvenirs les plus émouvants de Tony : celui de Veronica dansant dans sa chambre d’étudiant. Pourtant, Veronica corrobore très rarement les souvenirs de Tony, et celui-ci doit bien reconnaître qu’il a parfois reconstruit le passé, tout comme il a idéalisé les moments heureux, effacé les actes honteux : « Ce qui reste finalement en mémoire n’est pas toujours ce dont on a été témoin », annonce-t-il dès la première page du roman. Les failles de la mémoire sont un sujet de réflexion récurrent [...]

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Écrit par :

  • : professeure des Universités en littérature britannique contemporaine et en littératures postcoloniales à l'École normale supérieure de Lyon, membre de l'Institut universitaire de France

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Pour citer l’article

Vanessa GUIGNERY, « UNE FILLE, QUI DANSE (J. Barnes) - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 octobre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/une-fille-qui-danse/