UNE AFFAIRE DE FAMILLE (H. Kore-eda)

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Dialogue avec Truffaut

Comme Truffaut, l’un de ses modèles, Kore-eda est un violent, un passionné. Mais, comme Truffaut, il paraît doux, s’exprime avec modération. Comme lui, son problème, c’est la « famille » et la place des enfants. La famille, cette association obligée, dangereuse, à laquelle le Japon voue un culte millénaire, malmené par la défaite de 1945 et l’irruption du xxe siècle dans un monde qui ne s’y attendait pas. Comme Truffaut, enfin, Kore-eda aime l’amour entre les êtres et questionne les règles officielles. Comme le dit la grand-mère sur la plage – grande scène solaire dans ce film de l’enfermement –, « quand on choisit soi-même sa famille, on évite les faux espoirs ». La plupart des films de Kore-eda interrogent cette bizarre institution, qui soumet les humains à un contrat qu’ils n’ont jamais signé. Avec leurs personnalités propres, Ozu, Naruse, Oshima (La Cérémonie, 1971) en ont beaucoup parlé. Mais Kore-eda apporte de la nouveauté. Il est drôle (une grand-mère roublarde et vaguement sorcière), malicieux (les cannes à pêche volées et jamais revendues), sensuel (une scène centrale ou « le père » et « la mère », enfin seuls, profitent un instant de l’été et du désir réapparu), paysagiste (la scène de neige à la fin). Dans ce rêve d’harmonie au cœur du désordre, il n’oublie jamais d’être réaliste. D’ailleurs, le réel va s’imposer à ces aimables voleurs, ces invisible people. Pas de conte de fées qui tienne. La société a ses organisations, sa police, ses services sociaux. Et, autre qualité particulière du film, ces gens-là ne sont pas méchants. Chacun a ses raisons. Le jeune garçon qui avait appris le métier de voleur ouvrira les yeux de chacun par un geste décisif, après avoir compris lui-même ce qui, peut-être, n’allait pas tout à fait. Ce qui le rapproche de la jeune héroïne d’un autre beau film de Cannes 2018, Leave No Trace, de l’Américaine Debra Granik.

Une affaire de famille, Kore-eda

Une affaire de famille, Kore-eda

Photographie

Où commence et où finit une famille ? Ce thème, cher à Hirokazu Kore-eda, est omniprésent dans Une affaire de famille, où les tribulations des personnages vont de pair avec la variété savamment orchestrée des registres narratifs. 

Crédits : Fuji Television Network/ GAGA/ AOI Promotion/ BBQ_DFY/ Aurimages

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René MARX, « UNE AFFAIRE DE FAMILLE (H. Kore-eda) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 juillet 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/une-affaire-de-famille-h-kore-eda/