UN BEAU SOLEIL INTÉRIEUR (C. Denis)

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L’amour en miettes

Un premier projet portait sur un film collectif qui se serait inspiré des Fragments d’un discours amoureux, de Roland Barthes, un livre qui passionne Claire Denis depuis longtemps : non un roman au sens propre du terme, plutôt une méditation sur les avatars du sentiment amoureux. Un beau soleil intérieur (2017), imaginé et écrit par la réalisatrice en étroite collaboration avec la romancière Christine Angot, est né de ce projet abandonné pour des questions de droits.

Comme le livre de Barthes, Un beau soleil intérieur est lui aussi composé de fragments, c’est-à-dire de scènes presque indépendantes les unes des autres, centrées sur le personnage central d’Isabelle (Juliette Binoche). N’était cette construction, la matière première est la même que celle de quantité de films : le sentiment amoureux ou plus précisément son besoin, l’envie insurmontable de la relation avec l’autre, avec un autre.

Femme mûre et libre, artiste peintre, Isabelle ne manque pas d’amants, qu’il s’agisse de liaisons anciennes ou passagères. Elle ne cherche pas le confort de bras (trop) accueillants, mais l’aventure d’une passion qui pourrait, espère-t-elle, s’inscrire dans la durée. L’échantillon de ses relations est chaotique, aussi bien psychologiquement et socialement que sexuellement. Mais chaque rencontre fait problème, car tous les partenaires de l’héroïne ont des défauts rédhibitoires et Isabelle s’épuise à y faire face. Le plus grossier des amants, le banquier (Xavier Beauvois), se montre hédoniste et cynique. En même temps, Isabelle confesse à une amie que c’est précisément la vulgarité du personnage qui la fait jouir. Quant à l’acteur interprété par Nicolas Duvauchelle, il ne cesse de se dérober et multiplie explications lacunaires et contradictoires, incapable de traduire en mots ce que laissent deviner ses gestes et ses regards. Isabelle surjoue elle aussi son rôle en le bombardant de mises en demeure aussi répétitives qu’inutiles : « on » ne sait ce qu’il veut, mais « on », c’est lui, c’est elle, et c’est nous, specta [...]


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Écrit par :

  • : critique et historien de cinéma, chargé de cours à l'université de Paris-VIII, directeur de collection aux Cahiers du cinéma

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Pour citer l’article

Joël MAGNY, « UN BEAU SOLEIL INTÉRIEUR (C. Denis) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 16 octobre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/un-beau-soleil-interieur/