BECK ULRICH (1944-2015)

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La société du risque

Professeur de sociologie à l’université Ludwig-Maximilian de Munich à partir de 1992, Ulrich Beck enseigne également à la prestigieuse London School of Economics et à la Maison des sciences de l’homme de Paris ; il est par ailleurs Distinguished Research Professor à l’université de Cardiff en Grande-Bretagne. Il dirige la collection Seconde Modernité aux éditions Suhrkamp et anime le réseau de recherche Reflexive Modernization. Il est un des sociologues les plus célèbres de la dernière génération des sociologues allemands. C’est la publication de son livre majeur La Société du risque qui fait sa renommée et lui assure une notoriété internationale. Publié en 1986, peu après l’accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl, l’ouvrage n’a été traduit en français qu’en 2001.

Dans le sillage des grandes figures de la sociologie allemande contemporaine, notamment Jürgen Habermas – dont il est proche – et Niklas Luhmann, il est aujourd’hui, avec Axel Honneth, Hans Jonas et Claus Offe, parmi les auteurs qui ont marqué la pensée sociologique au cours des dernières décennies. Ses réflexions, dans la lignée de Max Weber et de Karl Marx, portent sur des questions majeures, incluant le travail, les inégalités, l’environnement et la modernisation.

En tant que penseur de la modernité, Beck cherche à élaborer une théorie générale de la société. Il est convaincu que la sociologie est la réponse. Mais quelle est la question que doit se poser la sociologie ? Aujourd’hui, s’agit-il encore de la question sociale telle qu’elle s’était posée à l’aube de la société industrielle ? Non, répond Beck, car nous vivons désormais dans une société post-industrielle. Pour lui, le constat est sans appel : la société industrielle, en tant que modèle d’organisation sociale fondé sur l’interconnexion entre les classes, les sexes et la famille nucléaire, disparaît, cédant la place à un autre visage de la société. À la question : dans quelle société vivons-nous ?, Beck répond : dans la société du risque ; une société marquée par de nouveaux réseaux de relations, de nouvelles formes de sociabilité et un processus d’individualisation sans précédent. Pour cerner la spécificité de ce nouveau visage de la société, il défend, avec Anthony Giddens, une théorie de la « modernité réflexive » ou « seconde modernité ». Selon cette théorie, la société industrielle n’avait pas vraiment atteint le stade de la modernité réflexive en ce sens qu’elle était animée par une logique de modernisation « unidimensionnelle » qui renvoie à la « rationalisation de la tradition », tandis que la modernisation réflexive, marquée par l’individualisation réflexive, renvoie à la « rationalisation du processus de rationalisation ». Le changement majeur qui accompagne ce passage est que le risque n’est plus celui, extérieur à la société, qui ferait peser une menace sur elle (catastrophes naturelles, épidémies, etc.) ; il est généré par la société elle-même (manipulation du vivant, plantes transgéniques, etc.). De là découle l’une des principales thèses de Beck selon laquelle il n’est plus possible de dissocier la « production sociale des richesses » de la « production sociale de risques ». Sur le plan politique, la logique de la répartition de richesses doit dès lors céder la place à la logique de la répartition des risques, qu’ils soient sociaux, économiques, politiques ou environnementaux, ce qui suppose l’invention de nouvelles formes de régulation politique pour gérer les risques.

C’est sur ce registre du politique que Beck avance un argument tout à fait novateur qui suppose une nouvelle forme du politique qu’il appelle « subpolitique » : « la politique devient apolitique, ce qui était apolitique devient politique ». L’enjeu est donc de transformer le jeu même de la politique afin de favoriser l’émergence de nouvelles formes de revendication et une redéfinition du rôle de l’État, des institutions et des organisations.

Par ailleurs, en cherchant à penser le passage de la modernité industrielle à la modernité réflexive, Beck vise également à repenser les outils conceptuels des sciences sociales en tenant compte des nouvelles articulations entre le national et le global. En effet, à ses yeux, les concep [...]

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  • : professeur de sociologie à l'université de Liège (Belgique)

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Pour citer l’article

Mohamed NACHI, « BECK ULRICH - (1944-2015) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ulrich-beck/