U.R.S.S.L'économie soviétique

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Les mécanismes de fonctionnement

On présente généralement l'économie soviétique comme un Léviathan, où toutes les décisions étaient prises du centre et où les moindres détails des activités étaient effectivement régis par un plan géant, ne laissant aucune marge de manœuvre aux exécutants. La réalité était plus complexe et plus confuse.

L'économie était subordonnée au monopole politique du Parti communiste. Le parti ne dirigeait pas formellement l'économie. Il en définissait, au sommet, les grandes orientations, le sens des réformes. À la base, il intervenait dans la gestion des unités de production par les cadres de la nomenklatura que lui-même y avait placés. La direction opérationnelle était assurée par une administration pléthorique, organisée sur la base du principe sectoriel, c'est-à-dire par grandes branches d'activité sous la responsabilité de ministères. Ces ministères transmettaient les directives centrales à leurs entreprises, mais aussi formaient avec celles-ci des cartels puissants, dont l'objectif consistait à complaire aux autorités politiques tout en assurant leurs propres intérêts matériels. Complaire aux autorités politiques signifiait exécuter formellement le plan : d'où l'importance de celui-ci.

Le plan avait pour objectif théorique de contrôler toute l'activité économique. Au fil des années et à mesure que l'économie était devenue diversifiée et complexe, il était devenu de plus en plus difficile de planifier à partir du centre tous les indicateurs quantitatifs et qualitatifs de l'activité économique. C'est pourquoi les réformes successives avaient eu pour objectif de déconcentrer, plus que de décentraliser, ce processus, en donnant plus d'autonomie aux entreprises pour la préparation et l'exécution du plan. Indépendamment même de cette volonté politique, le plan avait peu à peu perdu son efficacité sur l'économie : la masse des données à traiter était trop grande, le temps pour le faire, toujours trop court, et les données sur lesquelles on s'appuyait, fatalement biaisées parce qu'elles étaient en même temps des indicateurs statistiques et des indicateurs de performance dont dépendaient les rémunérations et, plus largement, l'avenir des cadres supérieurs.

Ces indicateurs de performance étaient libellés essentiellement « en nature », en quantités physiques, et se rapportaient surtout au volume de la production. La technique de planification utilisée depuis le lancement du premier plan quinquennal (1928-1932), dite « méthode des balances », consistait à confronter, pour les produits ou groupes de produits les plus importants, les possibilités de production et les besoins. Les « besoins » ne correspondaient pas à une demande spontanée de biens utilisés dans la production ou pour la consommation finale. Ils étaient estimés, dans le cadre de la planification centrale, en fonction des priorités retenues pour la production, du niveau et du type de consommation jugés souhaitables par les autorités. L'objectif était de satisfaire la demande planifiée en utilisant de la façon la plus complète et la plus économe les ressources disponibles. L'équilibre entre les ressources et les besoins était recherché à travers le commerce extérieur. Lorsque les besoins planifiés n'étaient pas couverts par la production nationale, il fallait importer, et à ce stade on recherchait les excédents de production susceptibles d'être exportés. L'U.R.S.S. a été servie en ce sens par l'ampleur de ses ressources naturelles, notamment énergétiques.

Cette méthode de planification qui tendait à l'équilibre a, en fait, généré des déséquilibres chroniques. L'ajustement des ressources et des emplois n'était jamais obtenu, en effet, dans le cadre d'une planification centralisée, rigide, et en permanence « tendue », puisque les unités économiques étaient récompensées pour le dépassement du plan. Les « pénuries » qui en résultaient ne pouvaient être éliminées, comme en économie de marché, par des ajustements par les prix et les quantités, car les prix étaient fixés discrétionnairement par l'État.

La monnaie était formellement présente dans la planification ; elle servait à évaluer les biens, à agréger les grandeurs physiques planifiées. Elle jouait un rôle négligeable dans le secteur de la production. Les possibilités des entreprises pour investir ou pour acquérir des ressources étaient limitées non par leurs moyens financiers, mais par l'inscription de leurs besoins au plan. Si elles ne disposaient pas d'une trésorerie suffisante pour payer des s [...]

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Écrit par :

  • : professeur émérite de sciences économiques, université de Pau

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Pour citer l’article

Marie LAVIGNE, « U.R.S.S. - L'économie soviétique », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/u-r-s-s-l-economie-sovietique/