TURQUIE

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Nom officielRépublique de Turquie (TR)
CapitaleAnkara
Langue officielleturc
Unité monétairelivre turque (TRY)
Population84 020 000 (estim. 2021)
Superficie (km2)769 604

L'évolution depuis 1983

Après la dictature militaire (1980-1983), le pays suit un parcours contrasté pendant les deux dernières décennies du xxe siècle. Dans les années 1983-1991, la démocratisation progresse. En revanche la décennie suivante est décevante à cet égard, les réformes démocratiques ne reprenant qu'avec le nouveau siècle. Sur le plan économique, on observe une montée en puissance, qui fut toutefois handicapée par trois crises financières, en 1994, 1999 et 2001. L'économie est dynamisée par sa libéralisation, et la Turquie voit son poids stratégique augmenter, après la fin de la guerre froide. En revanche, le système démocratique a du mal à se débarrasser de l'héritage constitutionnel et législatif du régime militaire ; il souffre d'une polarisation du débat entre les islamistes et les laïques, escamotant la question sociale, d'une classe politique souvent médiocre et, surtout, de l'aggravation de la question kurde.

De la dictature à la démocratie

Les élections de 1983, auxquelles ne participent que trois partis, préalablement agréés par l'armée, sont remportées par la formation qui avait le plus nettement pris ses distances avec le régime militaire, le Parti de la mère patrie (ANAP) de Turgut Özal.

La période allant de 1983 à 1991 est celle d'une redémocratisation progressive du régime. L'armée se met en retrait, tout en gardant une tutelle sur la vie politique. L'ANAP confirme sa victoire aux législatives en remportant les élections municipales, au printemps de 1984. La suspension des droits civiques et politiques qui frappait depuis 1980 de nombreuses personnalités politiques est levée, à la suite du référendum populaire organisé en septembre 1987. Les principaux partis politiques peuvent participer aux élections législatives de novembre 1987, les premières à se tenir sans entraves depuis 1977. Comme en 1983, elles sont remportées par l'ANAP du Premier ministre Turgut Özal, qui obtient une seconde fois la majorité absolue à l'Assemblée nationale. L'ANAP devance le Parti populiste social-démocrate (SHP) d'Erdal Inönü et le Parti de la juste voie (DYP) de Süleyman Demirel. Les petites formations, dont le Parti de la gauche démocratique (DSP), créé par Bülent Ecevit, en dissidence contre le SHP, le Parti de la prospérité (RP, Refah Partisi), de tendance islamiste, de Necmettin Erbakan, et le Parti d'action nationale (MHP) d'extrême droite, d'Alparslan Türkes, ne réussissent pas à entrer au Parlement, n'ayant pas franchi la barre des 10 p. 100, fixée afin d'éviter la dispersion des sièges ; cela ne suffira pas à éviter une succession de gouvernements de coalition, le plus souvent instables, à l'issue des élections de 1991, 1995 et 1999. En novembre 1989, Turgut Özal est élu président de la République, à la place du général Kenan Evren, chef du régime militaire (1980-1983). Mesut Yilmaz devient Premier ministre.

La démocratisation enregistre des progrès, qui sont reconnus à l'étranger, notamment par la Communauté européenne, avec laquelle les relations reprennent un cours normal, après une période de gel entre 1980 et 1983, de même que par le Conseil de l'Europe. Ankara accepte le droit de recours individuel devant la Cour européenne des droits de l'homme et ratifie, en 1988, la Convention des Nations unies sur la torture.

L'ère de l'instabilité politique

Les élections municipales de 1989 sont marquées par un recul important de l'ANAP, que confirment les élections législatives de 1991 : celles-ci sont gagnées par le DYP (27 p. 100) devant l'ANAP qui n'obtient que 24 p. 100, suivi du SHP (20,8 p. 100) et les islamistes du RP, qui font un bond considérable, remportant 16,9 p. 100 des suffrages.

Le DYP et le SHP forment un gouvernement de coalition sous la direction de Süleyman Demirel, dont le programme prévoit des mesures visant à éliminer la législation antidémocratique héritée du régime militaire. Cependant, pas plus ce gouvernement que ses successeurs tout au long des années 1990 ne réussiront à enregistrer des progrès marquants sur ce plan. En effet, tous ces gouvernements de coalition, faibles et instables, seront incapables de faire les réformes nécessaires et de mettre fin à la « sale guerre » opposant l'armée turque à la guérilla du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

En 1993, à la mort de Turgut Özal, dont l'action durant la décennie 1980 avait considérablement transformé le pays, c'est Süleyman Demirel qui est élu président de la République, laissant la direction du DYP et le poste de Premier ministre à la ministre de l'Économie, Tansu Ciller, la première femme turque à diriger un gouvernement. Les élections de 1995 sont gagnées par les islamistes (RP) devant les deux partis de centre droit (ANAP et DYP). Après un essai de coalition, vite avorté, entre l'ANAP, de Mesut Yilmaz, et le DYP, de Tansu Ciller, c'est le leader islamiste du RP, Necmettin Erbakan, qui forme un autre gouvernement de coalition en juin 1996, avec le DYP. C'est la première fois qu'un gouvernement de la République kémaliste laïque est dirigé par un islamiste, ce qui provoque des tensions extrêmement fortes avec les secteurs sécularisés de la société et l'armée. Le 28 février 1997, le Conseil national de sécurité, composé des cinq chefs des forces armées et de quatre responsables élus, dont le président de la République et le Premier ministre, qui est le véritable détenteur du pouvoir en Turquie, publie une déclaration, sommant le gouvernement de prendre des mesures, notamment en matière d'éducation, afin de renforcer la laïcité et de combattre la montée en puissance des islamistes. Soumis à des pressions très fortes, le gouvernement Erbakan-Ciller, déstabilisé, est contraint à la démission en juin 1997, après un an de pouvoir. Peu après, le RP est dissous par décision de la Cour constitutionnelle et Necmettin Erbakan privé de ses droits politiques pendant cinq ans, pour activités anticonstitutionnelles. Le mouvement islamiste, devenu une des forces politiques majeures du régime, crée aussitôt une nouvelle formation, le Parti de la vertu (FP).

En juillet 1997, le leader de l'ANAP, Mesut Yilmaz, forme un gouvernement de coalition de plus, avec le Parti de la gauche démocratique (DSP) de Bülent Ecevit et une petite formation de centre droit, le Parti de la Turquie démocratique. Cependant, il est contraint à la démission en novembre 1998, à la suite d'un scandale provoqué par des irrégularités commises lors de la privatisation d'une banque du secteur public. En janvier 1999, Bülent Ecevit forme un gouvernement de minorité, avec le soutien de toutes les formations parlementaires, afin de préparer des élections anticipées.

Ces élections, combinant les législatives et les municipales, ont lieu en avril 1999. Le DSP de Bülent Ecevit, petite formation de gauche souverainiste, dont le principal atout est son leader t [...]

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Turquie : carte physique

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Turquie : drapeau

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La Cappadoce

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Turquie : principaux bassins fluviaux

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Écrit par :

  • : professeur émérite de langue et civilisation turques
  • : politologue, essayiste, directeur de la revue Anatoli : de l'Adriatique à la Caspienne
  • : membre de l'Institut, professeur émérite à l'université de Provence-Aix-Marseille-I
  • : enseignant-chercheur, université de Toulouse Jean Jaurès

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Pour citer l’article

Michel BOZDÉMIR, Ali KAZANCIGIL, Robert MANTRAN, Jean-François PÉROUSE, « TURQUIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/turquie/