TURKMÉNISTAN

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Nom officielTurkménistan (TM)
Chef de l'État et du gouvernementSerdar Berdymoukhamedov (depuis le 19 mars 2022)
CapitaleAchgabat
Langue officielleturkmène
Unité monétairemanat du Turkménistan (TMT)
Population6 202 000 (estim. 2022)
Superficie (km2)491 210

Le Turkménistan indépendant

Le Turkménistan est resté, depuis son indépendance, le pays le plus fermé d'Asie centrale. Le régime politique, contrairement aux autres pays de la région, n'a jamais connu de démocratisation, le président de la République, Saparmourad Niazov, ayant instauré dès l'indépendance une dictature niant tout droit aux opposants. Ce régime est caractérisé par un culte de la personnalité poussé à l'extrême, le clientélisme tribal, le maintien d'une économie dirigiste et la répression de toute opposition. La mort de Saparmourad Niazov et son remplacement par Gourbangouli Berdymoukhamedov en décembre 2006 a permis un début de libéralisation sur le plan économique et un début d'ouverture sur le monde extérieur.

Refus des réformes démocratiques et personnification du pouvoir

Dans l'Union soviétique, le Turkménistan constituait une des régions les plus isolées et économiquement sous-développées. Une administration de type colonial, fondée sur l'exploitation de la ressource gazière, avait été maintenue pour gérer ce territoire désertique, peuplé de groupes de pasteurs nomades vivant selon des valeurs restées tribales (sept grandes tribus composent la société turkmène). Dans ce contexte, le pouvoir central, représenté par des fonctionnaires non turkmènes ou des turkmènes russifiés habitant la capitale Achgabat, était largement perçu par la population rurale comme extérieur et dépendant de Moscou. L'économie était essentiellement liée à la production de gaz, à la présence de bases militaires et à la culture du coton. Après l'indépendance, seules les productions gazière et cotonnière ont continué à fournir une source de revenus au pays.

La captation de cette rente gazière par l'État et sa mauvaise redistribution a entraîné un appauvrissement très net après l'indépendance, poussant une part importante de la population slave à l'émigration. La grande majorité de la population est alors réduite à un niveau de revenus ne lui permettant plus que d'assurer sa stricte survie alimentaire.

L'arrivée massive de capitaux liée à la rente gazière a permis au chef de l'État de conserver le contrôle d'une économie totalement dirigée et étatisée. Les choix de politique économique, orientés essentiellement vers la mise en œuvre de chantiers d'infrastructures (le secteur représentait plus de 25 p. 100 du P.N.B. à la fin des années 1990), aéroports, bâtiments administratifs, mosquées, grands hôtels, palais présidentiels, construits par des firmes étrangères, ne permettent pas d'améliorer les conditions de vie de la majorité de la population, alors même que les taux de croissance étaient estimés par le F.M.I. de 10 à 16 p. 100 à partir des années 2000. Par ailleurs, le maintien d'un étatisme total réduit l'initiative privée à la simple expression du commerce de détail.

Cette politique de captation économique constitue un élément de la concentration extrême des pouvoirs dans les mains du président Saparmourad Niazov (premier secrétaire du Parti communiste à partir de 1985, élu de façon plébiscitaire président en 1990, 1992, 1994, puis président à vie en décembre 1999 à la suite d'un vote du Parlement). Niazov s'est substitué au Parti communiste et à l'État comme détenteur de l'éthique, des valeurs et du patrimoine nationaux. La publication de son ouvrage, le Rukhnama, enseigné dans les écoles et les universités comme principale source de savoir spirituel et historique turkmène, est symptomatique de cette entreprise de personnification de l'identité nationale autour de la figure présidentielle. Le portrait de Turkmenbashy (« le chef ou père des Turkmènes », surnom officiel de Niazov) est lui-même reproduit à l'infini et ses œuvres ont été envoyées dans l'espace. L'ensemble des instances pouvant constituer un quelconque contre-pouvoir intellectuel, économique ou même religieux ont été mises sous stricte contrôle ou éliminées (fermeture de l'Académie des sciences en décembre 1997). Les parlementaires sont nommés par le président ainsi que l'ensemble des figures de pouvoir. Ces représentants sont parfois démis lorsque le président désire se débarrasser de figures jugées corrompues. Le principal argument avancé pour légitimer l'instauration de ce système politique est celui de la stabilité. Les médias, outre les éloges de l'action du président turkmène, ne cessent de dénoncer l'instabilité chronique des pays voisins ayant choisi un autre type d [...]

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Turkménistan : carte physique

Turkménistan : carte physique
Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Turkménistan : drapeau

Turkménistan : drapeau
Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Gazoduc au Turkménistan

Gazoduc au Turkménistan
Crédits : Stringer/ AFP

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Désert du Turkménistan

Désert du Turkménistan
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Écrit par :

  • : docteure en histoire, chargée de recherche au CNRS
  • : anthropologue, chercheur à l'Institut français d'études sur l'Asie centrale
  • : professeur émérite d'études ouraliennes et altaïques, professeur d'histoire à l'université d'Indiana, Bloomington
  • : docteur en géographie, chargé de recherche au C.N.R.S., membre de l'U.M.R. 7528 Monde iranien et indien (C.N.R.S., Sorbonne nouvelle, EPHE, INALCO)

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Pour citer l’article

Isabelle OHAYON, Arnaud RUFFIER, Denis SINOR, Julien THOREZ, « TURKMÉNISTAN », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 28 novembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/turkmenistan/