TROUBLES SOMATIQUES FONCTIONNELS

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Clinique et nosographie

L’histoire de la médecine est émaillée de références à des troubles somatiques d’origine psychique (soma signifie corps en grec ancien et psyché esprit). La notion d’hystérie, notamment, remonte à l’Antiquité. À la fin du xixe siècle, la psychanalyse s’appuie sur l’hypothèse de pulsions inconscientes qui affectent les états mentaux. Les troubles somatiques fonctionnels sont alors compris comme la résolution d’un conflit psychique inconscient à travers une expression somatisée.

Plus d’un siècle plus tard, l’avancement des connaissances médicales a profondément changé le regard sur ces troubles. Aujourd’hui, leur diagnostic ne trouve sa place que dans ce que la médecine du corps ne parvient pas à expliquer. On apprend donc à la faculté qu’il faut d’abord éliminer une pathologie du corps avant de pouvoir envisager une participation psychique aux symptômes somatiques. Les études sur ces symptômes dits « médicalement inexpliqués » ont connu un développement croissant à partir des années 1990 et des syndromes spécifiques ont été identifiés dans chaque spécialité médicale. Il s’agit, par exemple, de la fibromyalgie en rhumatologie, du syndrome de l’intestin irritable en gastro-entérologie, du syndrome d’hyperventilation en pneumologie. À chaque fois, la définition d’un trouble fonctionnel implique l’absence de pathologie du corps pouvant expliquer l’intensité des symptômes. Le Collège américain de rhumatologie a ainsi défini la fibromyalgie de la manière suivante : les symptômes tels que la fatigue, la douleur ou les troubles de la marche sont intenses et fréquents ; ils évoluent depuis au moins trois mois ; une pathologie corporelle expliquant la symptomatologie est exclue.

Les spécialités de la médecine du corps ne sont pas les seules à proposer une catégorisation des syndromes somatiques fonctionnels. De son côté, l’Association américaine de psychiatrie réunit l’ensemble des syndromes somatiques fonctionnels sous la même appellation de « trouble à symptomatologie somatique » (DSM-5, 2013, Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux). Celle-ci définit l’ensemble des troubles caractérisés par des pensées, comportements ou émotions excessives au regard de la lésion objective du corps qui évoluent depuis au moins six mois. Il est important de noter que la notion de trouble à symptomatologie somatique n’exclut pas qu’une lésion corporelle puisse expliquer une partie des manifestations cliniques. Par exemple, une personne peut souffrir d’un rhumatisme inflammatoire chronique peu sévère, mais associé à une fibromyalgie qui aggrave les symptômes. Le trouble psychiatrique trouve sa place dans l’inadéquation entre l’intensité des symptômes et la relative bénignité des lésions corporelles ; il se définit en négatif de la pathologie du corps. Dans le DSM-5, le trouble à symptomatologie somatique se distingue d’une part de la crainte excessive d’avoir une maladie (anciennement hypocondrie), dans laquelle le patient redoute d’avoir une maladie grave mais ne présente pas de symptômes somatiques au premier plan, d’autre part du trouble factice (ou pathomimie) dans lequel le patient simule certains symptômes voire s’inflige des lésions corporelles volontairement pour solliciter l’attention des soignants.

La définition uniciste de la classification psychiatrique diffère de la multitude de syndromes somatiques fonctionnels décrits par chaque spécialité médicale en un point majeur : le diagnostic de trouble à symptomatologie somatique s’applique quelle que soit la localisation des symptômes. En d’autres termes, la fibromyalgie, le syndrome de l’intestin irritable, le syndrome d’hyperventilation, etc. entrent tous dans une seule et même acception psychiatrique. Cette position nosographique est sous-tendue par la mise en lumière de mécanismes explicatifs communs à tous les syndromes somatiques fonctionnels. En particulier, le développement des sciences cognitives a apporté un éclairage nouveau sur la physiopathologie de ces troubles, et ouvert des perspectives pour mieux envisager leur traitement.

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Écrit par :

  • : professeur de psychiatrie à l'université de Paris, chef du service de psychiatrie de l'adulte de l'Hôtel-Dieu, Assistance Publique - Hôpitaux de Paris
  • : docteur en médecine, chef de clinique assistant, service de pathologies professionnelles et environnementales, Hôtel-Dieu, Assistance Publique - Hôpitaux de Paris

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Pour citer l’article

Cédric LEMOGNE, Victor PITRON, « TROUBLES SOMATIQUES FONCTIONNELS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/troubles-somatiques-fonctionnels/