TRISTIA, Ossip MandelstamFiche de lecture

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

L'exil intérieur

C'est cette poétique que l'on retrouve, élargie, dans le second recueil de Mandelstam. Tristia, republié en 1923 en Union soviétique aux éditions Kroug, rassemble quarante-trois poèmes écrits entre 1915 et 1922. Le titre, suggéré par le poète Mikhaïl Kouzmine, inscrit le recueil dans la filiation du recueil homonyme d'Ovide, et souligne la référence antique tout en annonçant d'emblée la dominante plaintive d'une poésie de l'exil. Mandelstam, alors qu'il écrivait Tristia, a longuement vagabondé dans ces contrées du Sud de la Russie (la « Tauride », c'est-à-dire la Crimée), où Ovide fut exilé, et où le nom du poète latin fait se lever celui d'un autre exilé, Alexandre Pouchkine, référence centrale et cachée du livre. Tristia se lit ainsi comme un voyage intérieur où l'histoire, la culture et l'amour réclament leur dû face au héros lyrique, qui hésite à assumer le fardeau que lui impose l'époque.

L'oubli, l'exil, la séparation, donnent la note fondamentale d'une poésie qui, dans ces années de guerres et de révolutions, intègre dans un système de significations complexe la célébration et la perte, l'espoir et la mort. Dans Tristia, recueil nocturne, même les paysages de Grèce sont peints de couleurs sombres, et la folie hante les places désertes de Petropolis, capitale déchue. Dans une réitération infinie des noms – femmes et lieux – que la mort a touchés, le voyage conduit le lecteur aux portes d'un Hadès où « la nocturne chanson se chante dans l'oubli ». Le poème que Mandelstam dédie à Salomé Andronikova, « Salominka » (en russe : « la paille ») s'écoute comme une litanie funèbre : « Quand le sommeil te fuit dans le boudoir immense/ Où, frêle Salomé, tu attends le repos,/ Et (tristesse infinie !) que sur tes yeux descende/ La calme pesanteur du plafond grave et haut,// Ô brin de paille sec, brin de paille sonore,/ Qui bus toute la mort et plus tendre te fis,/ Elle est brisée hélas, douce paille sa [...]

1 2 3 4 5

pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages




Écrit par :

  • : ancienne élève de l'École nationale supérieure de Sèvres, maître de conférences honoraire à l'université de Paris-Sorbonne

Classification


Autres références

«  TRISTIA, Ossip Mandelstam  » est également traité dans :

MANDELSTAM OSSIP EMILIEVITCH (1891-1938)

  • Écrit par 
  • Michel AUCOUTURIER
  •  • 1 355 mots

Dans le chapitre « Après la révolution »  : […] D'abord hostile au coup d'État d'octobre 1917, Mandelstam est cependant sensible à la dimension historique de la révolution et se résigne à « l'immense, maladroit et grinçant coup de barre ». Chassé de Moscou par la guerre civile, il passe les années 1919 et 1920 à Kiev, en Crimée et en Géorgie. Cet exil lui inspire le titre, les thèmes et la tona […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/ossip-emilievitch-mandelstam/#i_29976

Pour citer l’article

Hélène HENRY, « TRISTIA, Ossip Mandelstam - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 avril 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/tristia/