TRICONTINENTALE (1966)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

De son nom exact Conférence de solidarité des peuples d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine, la rencontre connue sous le nom de Tricontinentale s'est tenue à La Havane du 3 au 15 janvier 1966. La Tricontinentale et le courant politique qui s'en réclame se situent dans la lignée historique du mouvement né à Bandung en avril 1955, lors de la rencontre de vingt-neuf chefs d'État ou de gouvernement d'Afrique et d'Asie. À ce courant se rattachent aussi les conférences de solidarité afro-asiatiques et, dans une certaine mesure, le mouvement des Non-Alignés ; mais l'importance de la Tricontinentale réside dans l'entrée de l'Amérique latine dans ce courant, et surtout dans le fait que, pour la première fois, se rassemblent les représentants des peuples, et non ceux des gouvernements, à l'échelle du Tiers Monde. Les organisations participant à cette conférence sont en effet rarement gouvernementales ; il s'agit le plus souvent de mouvements d'opposition légale ou clandestine, parfois armée, prenant en général la forme de comités nationaux créés pour la circonstance.

Se sont ainsi trouvées rassemblées quatorze délégations gouvernementales (Algérie, Cambodge, Chine, Congo, république démocratique populaire de Corée, Cuba, Égypte, Ghāna, Guinée, Mongolie, Syrie, Tanzanie, U.R.S.S. et république démocratique du Vietnam), des mouvements de libération (notamment ceux du Sud-Vietnam, des colonies portugaises d'Afrique, de Palestine, de plusieurs pays d'Amérique latine) et des partis d'opposition, comme l'Union nationale des forces populaires du Maroc, dont le secrétaire général Mehdi Ben Barka avait présidé le comité préparatoire à la conférence jusqu'à son enlèvement en octobre 1965 à Paris. Dans l'ensemble, quatre-vingt-deux pays sont ainsi représentés, l'éventail politique allant des mouvements progressistes chrétiens aux groupes maoïstes, en passant par les trotskistes et par les partis communistes.

L'idée de la tenue d'une conférence tricontinentale avait été lancée par le Premier ministre cubain Fidel Castro en 1963 lors de la IIIe conférence de solidarité des peuples afro-asiatiques à Moshi (Tanganyika). Lors du premier rassemblement de la Tricontinentale, le conflit sino-soviétique devait logiquement éclater d'une manière publique. Il sera cependant surmonté : à La Havane, le Vietnam est au centre des préoccupations ; par ailleurs, les relations sino-cubaines sont très tendues à cette époque, et les Soviétiques veulent apparaître comme étant plus soucieux que les Chinois de l'unité du mouvement. Soviétiques et Chinois acceptent les résolutions de la Tricontinentale, notamment la résolution de politique générale, synthèse des divers textes votés, qui conclut par la déclaration finale : « Cette grande humanité a dit : Assez ! et elle s'est mise en marche. » L'adversaire principal est clairement désigné : les États-Unis d'Amérique. Diverses motions de soutien sont adoptées sur proposition de la commission « affaires brûlantes ». Enfin, une organisation est créée : l'O.S.P.A.A.A.L. (Organisation de solidarité des peuples d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine), dont le siège provisoire est à La Havane, et dont le secrétaire général est Osmany Cienfuegos, le frère du héros national cubain Camilo Cienfuegos, qui avait succédé à Ben Barka à la tête du comité préparatoire. Le rôle prépondérant tenu par Cuba est confirmé par le discours de clôture de la conférence, prononcé par Fidel Castro, surtout consacré à la dénonciation du trotskisme ; à l'issue de la conférence, les délégués latino-américains créent l'Organisation latino-américaine de solidarité.

Les résultats concrets de la Tricontinentale furent très en deçà de ce qu'en attendaient ses promoteurs : la IIe conférence, prévue pour 1968 au Caire, n'eut pas lieu, et l'O.S.P.A.A.A.L. est en déclin depuis 1972. Les deux militants qui avaient été à l'origine de la Tricontinentale n'ont pas assisté à ses assises : ni Mehdi Ben Barka, qui avait été assassiné l'année précédente à Paris, ni Ernesto « Che » Guevara (il allait tomber dix-neuf mois plus tard à la tête du maquis bolivien). Quant aux personnalités qui dirigeaient les délégations les plus en vue, la plupart d [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Écrit par :

  • : maître ès lettres, professeur à l'École alsacienne, Paris

Classification

Autres références

«  TRICONTINENTALE (1966)  » est également traité dans :

CASTRO FIDEL (1926-2016)

  • Écrit par 
  • Marie Laure GEOFFRAY
  •  • 2 546 mots
  •  • 9 médias

Dans le chapitre « Une figure du tiers-mondisme »  : […] L' internationalisme prolétarien de Fidel Castro est un moyen de gagner le soutien d'autres nations, obligeant ainsi les États-Unis à disperser leurs forces et l'URSS à augmenter son aide. Il est également lié à la croyance en le symbole que représente la révolution cubaine : celle-ci est la preuve que l'émancipation et donc l'autodétermination, la souveraineté, l'intégrité territoriale et le choi […] Lire la suite

DÉCOLONISATION ET NON-ALIGNEMENT - (repères chronologiques)

  • Écrit par 
  • Olivier COMPAGNON
  •  • 267 mots

1947-1948 L'Inde, le Pakistan, Ceylan et la Birmanie obtiennent de la Grande-Bretagne leur indépendance. 1949 Lors de la conférence de New Delhi (janvier), Nehru esquisse un regroupement afro-asiatique. Les Pays-Bas accordent l'indépendance à l'Indonésie de Sukarno (décembre). 1952 L'économiste français Alfred Sauvy forge la notion de « Tiers Monde » à partir de celle de « Tiers État ». 1954 I […] Lire la suite

Pour citer l’article

Jean MENDELSON, « TRICONTINENTALE (1966) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/tricontinentale/