TRENTE (CONCILE DE)

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L'attente du concile

Rome refusa de prendre à temps l'initiative salvatrice réclamée par Luther. Léon X et Clément VII pensaient qu'on ne pouvait plus revenir sur la solennelle condamnation des doctrines du moine augustin (bulle Exsurge Domine de 1520). Instruits par les précédents de Constance et de Bâle, ils redoutaient aussi une défaite de la papauté. Pontife depuis sept ans, Clément VII ne se décida qu'en 1530, sur la pressante demande de Charles Quint, à promettre de convoquer le concile... à la condition que les protestants reviendraient auparavant au catholicisme. Il ne fit donc rien. Paul III en revanche lança en 1536 la bulle de convocation. Pourtant neuf longues années s'écoulèrent avant l'ouverture des travaux. L'inertie romaine et surtout la guerre entre la France, d'un côté, l'Espagne et l'Empire, de l'autre, expliquent ce retard. En outre, François Ier craignait de voir le concile mettre fin aux divisions allemandes, dont la France profitait. Quant à Charles Quint, il insistait assurément pour l'ouverture de l'assemblée œcuménique, mais il aurait voulu limiter la tâche de celle-ci aux réformes disciplinaires, tandis qu'il cherchait par des « colloques » à trouver un terrain d'entente doctrinale avec les protestants d'Allemagne.

Réuni vingt-cinq ans trop tard et conçu de part et d'autre de façon différente, le concile ne pouvait plus espérer réconcilier les chrétiens d'Occident. Pour les protestants, il devait : être « libre », c'est-à-dire ouvert aux théologiens réformés et aux laïcs ; être supérieur au pape, qui ne pouvait être à la fois juge et partie ; se tenir en Allemagne, lieu d'origine du conflit religieux. Or Rome refusait dès l'abord toute contestation de sa suprématie et toute remise en cause de la condamnation des thèses luthériennes. Elle désirait aussi que le concile siégeât en Italie, pays où la papauté avait les meilleurs moyens d'action. Enfin, avant même le début de [...]


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  • : professeur honoraire au Collège de France, membre de l'Institut

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Pour citer l’article

Jean DELUMEAU, « TRENTE (CONCILE DE) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 février 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/trente-concile-de/