TRAITÉ DÉCISIF, AverroèsFiche de lecture

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Plaidoyer pour la tolérance

Dans le contexte hautement spéculatif de l'islam médiéval, compliqué d'enjeux politiques et de rivalités entre courants religieux, la question prend notamment un tour juridique : faut-il condamner les « philosophes » – c'est-à-dire les péripatéticiens, car la philosophie (falsafa) s'identifie au moins depuis al-Fārābī avec l'enseignement d'Aristote – pour « infidélité », pour la formulation de thèses non compatibles avec le dogme ? Le Traité décisif oppose un argument définitif, celui de « l'impossibilité d'établir au sujet d'interprétations, qui sont l'apanage des savants, l'existence d'un consensus généralement répandu », et donc aussi l'impossibilité de référer ces thèses à une opinion commune dont elles seraient censées s'écarter. Les « théologiens » développent une dialectique virtuose pour formuler les thèses adverses sans avoir commencé par démontrer le bien fondé de leur propre position : cette critique d'une théologie dialectique (le kalam), avec ses arguties de demi-savants, se retrouve presqu'à la même époque dans le Guide des égarés de Maimonide (vers 1190), dont le commentaire par Moïse de Narbonne, au xive siècle, est typique d'un « averroïsme juif ». Du Traité décisif, Ernest Renan (Averroès et l'averroïsme, 1852) a fait un plaidoyer pour la tolérance – et le personnage d'Averroès apparaît bien aujourd'hui, après la légende noire qui voulut voir en lui au Moyen Âge et aux Temps modernes (chez Leibniz par exemple) une sorte de libre penseur, comme la personnalisation d'un islam éclairé (ainsi dans le film Le Destin du cinéaste égyptien Youssef Chahine, 1997). La critique actuelle lirait plutôt le Traité, selon l'expression d'Alain de Libera, comme un « discours de la méthode ».

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François TRÉMOLIÈRES, « TRAITÉ DÉCISIF, Averroès - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 29 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/traite-decisif/