TOXICOLOGIE

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Formes de toxicité

Il existe différentes formes de toxicité. Citons la toxicité aiguë ou subaiguë et la toxicité à long terme résultant de l'absorption répétée de petites doses ou d'une dose unique.

La première à considérer est la toxicité aiguë ou subaiguë, c'est-à-dire celle qui résulte, dans l'immédiat, de l'absorption par la bouche, par la voie pulmonaire ou par pénétration à travers la peau, en une seule fois ou en plusieurs fois très rapprochées, d'une dose suffisamment importante. Il en est ainsi, par exemple, à la suite de l'ingestion de nombreux produits ou de l'inhalation de gaz ou de vapeurs tels que l'oxyde de carbone, le chlore ou l'acide cyanhydrique. Les manifestations de cette forme de toxicité sont spectaculaires, puisqu'elles peuvent même se traduire par une mort rapide. C'est la raison pour laquelle une opinion très répandue tend à considérer les poisons comme des substances qui tuent violemment. Sur le plan expérimental, d'ailleurs, l'estimation de la toxicité aiguë d'une substance donnée s'effectue couramment au laboratoire en déterminant les doses létales, et particulièrement la dose létale 50 (D.L. 50), c'est-à-dire celle qui entraîne la mort de 50 p. 100 des animaux soumis à l'administration de la substance. Cette dose peut varier dans de très larges limites en fonction de l'espèce animale expérimentée, ainsi que de divers facteurs, notamment de la voie d'administration.

La seconde forme est la toxicité à long terme. On ne saurait trop souligner que les effets toxiques ne résultent pas seulement de l'absorption, en un court espace de temps, de doses relativement fortes, mais aussi très souvent de l'absorption de doses même très minimes, en tout cas beaucoup trop faibles pour entraîner des effets de toxicité aiguë, dont la répétition finit par provoquer des intoxications beaucoup plus insidieuses, car elles apparaissent en général sans aucun signe d'alarme. Tel est le cas des poisons dits cumulatifs, parmi lesquels on mentionnera, entre autres, l'alcool méthylique, les hétérosides de la digitale, les dérivés minéraux de l'arsenic et du fluor, les métaux lourds (plomb, mercure, cadmium, thallium). Ces poisons sont retenus dans l'organisme à la faveur d'affinités de nature physique (solubilité dans les lipides beaucoup plus élevée que dans les liquides aqueux, adsorption), ou chimique (fixation sur tel ou tel constituant cellulaire), ou encore par suite de leur action nocive sur le filtre rénal qui entrave leur élimination (métaux lourds). L'absorption de ces petites doses, qui, si elles s'éliminaient normalement, serait sans conséquences discernables, provoque, au bout d'un certain temps, des troubles dont la symptomatologie est très variée : par exemple, action sur la croissance, le comportement général, la composition chimique des humeurs, la structure histologique et les fonctions des différents organes (foie, reins, centres nerveux, moelle osseuse, glandes endocrines), la formule sanguine, l'aptitude à la reproduction, la durée de vie. On donne, en général, à ces formes d'intoxications le nom d'intoxications chroniques. C'est une mauvaise dénomination, car il n'est pas impossible qu'une lésion irréversible, et par conséquent chronique, puisse être la conséquence d'un phénomène initial de toxicité aiguë. C'est pourquoi il est préférable de parler de toxicité à long terme.

Un exemple de ce type de toxicité est fourni par les dérivés minéraux du fluor. Si on considère, par exemple, le flœrure de sodium, alors qu'une dose dépassant largement le gramme est nécessaire pour provoquer, chez l'homme adulte, une intoxication aiguë grave, il suffit, lorsqu'elles sont répétées jour après jour, de doses de quelques centigrammes pour provoquer une intoxication à long terme, dite fluorose, caractérisée par des lésions dentaires et osseuses et des phénomènes sévères de cachexie. C'est la raison pour laquelle la concentration d'ions fluor dans les eaux d'alimentation ne doit pas dépasser 1,5 mg/l. On citera également l'exemple de l'insecticide D.D.T., dont la D.L. 50 per os chez le rat se situe aux environs de 250 mg/kg. Or l'administration au même animal pendant sept ou huit mois d'un régime renfermant seulement 5 mg/kg de l'insecticide, soit une absorption journalière ne [...]

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  • : membre de l'Académie des sciences, membre de l'Académie nationale de médecine.

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René TRUHAUT, « TOXICOLOGIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/toxicologie/