THURINGIENS, ALAMANS ET BAVAROIS

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L'art alaman

Le travail de la pierre

Une partie du territoire alémanique était demeurée hors de l'Empire romain et avait échappé ainsi à la civilisation urbaine : on s'explique donc que le travail de la pierre y ait laissé peu de vestiges. Ces régions furent en effet marquées par une civilisation à caractère rural où l'on construisait surtout en bois, qu'il s'agisse de l'habitat du peuple ou de celui qui était destiné aux classes dirigeantes. Quant aux églises et aux monastères qui commencèrent à se multiplier à partir de 600 environ, à la suite des missions de saint Colomban et de saint Gall, on dispose au mieux de leur plan, révélé par les fouilles (constructions en bois avec parfois un soubassement en pierre). Un petit chapiteau de calcaire trouvé à Windisch-Oberburg et orné d'entrelacs en léger relief, daté du début du viie siècle, est l'un des rares témoins architecturaux du début du haut Moyen Âge en pays alémanique. Le nombre restreint de stèles funéraires ou de sarcophages, dont les quelques exemples proviennent du sud du pays alémanique où la romanité avait persisté, confirme la faible place que tinrent à cette époque les arts lapidaires en Allemagne du Sud-Ouest.

Les arts du bois

L'archéologie montre que les arts du bois connurent un remarquable épanouissement chez les Alamans. En effet, grâce à des conditions naturelles privilégiées, plusieurs sites (notamment le célèbre cimetière d'Oberflacht) ont permis la conservation exceptionnelle d'objets en bois qui, habituellement, pourrissent rapidement en terre : à côté de seaux, de tonnelets, de gourdes, d'écuelles, on a ainsi découvert les meubles (lits, chaises, tables, etc.) qui accompagnaient de très riches dépositions en chambres funéraires. L'une des sépultures renfermait même une lyre, illustration du raffinement qui était de règle dans la vie quotidienne de l'aristocratie alémanique. Certains défunts avaient été inhumés dans des troncs d'arbres évidés (Totenbaum) dont le couvercle était parfois décoré (par exemple le tronc d'arbre-cercueil d'Oberflacht, au Römisch-Germanisches Zentralmuseum de Mayence, R.F.A., porte un serpent bicéphale stylisé). Il paraît donc fort probable, même si les témoins archéologiques manquent, que les constructions civiles et religieuses en bois du monde alémanique étaient richement décorées, les arts du bois ayant dû se substituer aux arts de la pierre.

Les arts du métal

Dans la mesure où les textiles, les cuirs et les bois ne se conservent habituellement pas dans les tombes, ce sont les objets métalliques, précieux ou non, qui sont parvenus jusqu'à nous en plus grand nombre et qui illustrent le mieux l'art alémanique.

Autant qu'on en puisse juger par l'archéologie, les objets mobiliers servant de support à l'art décoratif alaman (poignées et fourreaux d'épées ou de poignards, bijoux, plaques-boucles de ceinture et de chaussures, etc.) ont été fabriqués dans des ateliers contrôlés et stimulés par l'aristocratie, du moins en ce qui concerne les productions de qualité, les pièces populaires étant dues à des ateliers locaux ou à des artisans itinérants (les tombes de ces derniers ont parfois été retrouvées, avec leur outillage).

Dans le domaine des arts du métal, les artisans du monde alaman ont respecté les courants esthétiques qui ont marqué l'Europe mérovingienne du vie au viiie siècle, tant pour les techniques que pour les formes et les décors, montrant cependant bien souvent une habileté et un sens artistique supérieurs à leurs voisins.

L'orfèvrerie cloisonnée, introduite en Europe occidentale par les Huns et les Germains orientaux (après la chute de l'empire d'Attila, en 453), fut très appréciée chez les Alamans, de la fin du ve siècle au début du viie siècle, qu'il s'agisse d'orner les fourreaux d'épée ou les garnitures de ceinture à plaque réniforme de l'équipement masculin, ou d'enrichir les fibules (en forme d'oiseau à bec crochu, de serpent en « S », de poisson, fibules rondes et en rosette), les bagues, les boucles d'oreilles ou les pendentifs de collier de la parure féminine. Les cloisons soudées, en tôle d'or ou d'argent doré, étaient serties de grenats sur paillons, de verroteries, de plaquettes d'ivoire ou de nacres, de pierres de couleur. Au cours du vie siècle, les cloisons devinrent plus petites tandis que certain [...]

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Royaumes germaniques, seconde moitié du VIe siècle

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Costume alémanique (1)

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Écrit par :

  • : directeur du musée des Antiquités nationales, Saint-Germain-en-Laye

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Pour citer l’article

Patrick PÉRIN, « THURINGIENS, ALAMANS ET BAVAROIS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/thuringiens-alamans-et-bavarois/