MANN THOMAS

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Un patricien de la culture

Un critique allemand acerbe, Alfred Kerr, reprochait injustement au « plus grand écrivain » de son pays, consacré et officialisé par le prix Nobel (1929), de toujours rappeler dans ses romans la faillite de la firme commerciale paternelle. C'est en effet le cas dans les Buddenbrook (1901) et, brièvement, dans le début de La Montagne magique (1924, commencé en 1912) et des Aventures du chevalier d'industrie Felix Krull (première partie des Mémoires parue en 1910, l'ensemble, inachevé, n'ayant vu le jour qu'en 1955). Mais c'est ainsi que ce descendant de grands bourgeois patriciens, de « sénateurs » de la « ville libre » hanséatique de Lübeck, devenu Munichois en 1893 jusqu'à son départ définitif d'Allemagne en 1933, embrassa le métier, ou reçut la vocation, d'écrivain. Il fit ses débuts dans ce qui était l'avant-garde du temps, lui qui évita toute sa vie les avant-gardes : le mouvement naturaliste de Berlin, la revue Simplicissimus (1898-1899). Il se fit connaître dans ce milieu par une série de nouvelles – aujourd'hui trop négligées par rapport aux trois « grandes » nouvelles que sont Tonio Kröger (1903), Tristan (1903), et surtout La Mort à Venise (1913) : Le Petit Monsieur Friedemann, Le Chemin du cimetière, Tobias Mindernickel, L'Armoire, Les Affamés, La Paillasse, qui sont de courts récits où souvent des créatures chétives ou trop confiantes sont écrasées par des incarnations de la « Vie », brutale et sans scrupules, dans le cadre étouffant de la haute société civile et militaire d'Allemagne du Nord. Avant son deuxième roman, Altesse royale (1909), métaphore et légende « démocratique » de la crise de l'individualisme et de l'existence « formelle », en même temps qu'hommage à sa jeune femme, d'origine juive, Katia Pringsheim, épousée en 1905 après de brèves passions homosexuelles vite étouffées, il faut ajouter quelques autres courts textes significatifs. D'abord Gladius Dei (1902), première mouture de son « essai dialogué » Fiorenza (1906), sa seule tentative – manquée – au théâtre ; Chez le prophète (1904), précoce expression de ce q [...]


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Écrit par :

  • : ancien élève de l'École normale supérieure, maître assistant à l'université de Paris-IV

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Pour citer l’article

André GISSELBRECHT, « MANN THOMAS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 mars 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/thomas-mann/