QUINCEY THOMAS DE (1785-1859)

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La hantise de la mort

L'enfance de Thomas De Quincey le destine à devenir un de ces artistes hantés par l'antérieur comme le furent Baudelaire et Proust. Il est né à Manchester d'un père tuberculeux obligé de plus en plus de s'éloigner des siens. Sa mère, autoritaire et remarquable, dut, seule, élever une famille de huit enfants. Thomas est le cinquième, chéri par trois sœurs aînées ; circonstance dont l'importance est tout de suite saisie par Baudelaire dans son commentaire aux Confessions : « Les chatteries des sœurs aînées, espèces de mères diminutives, transforment pour ainsi dire, en la pétrissant, la pâte masculine » ; circonstance tragique aussi, car l'enfant fait très tôt l'expérience du deuil, ou plutôt celle de la « mélancolie », pour reprendre le terme que Freud oppose à une perte raisonnée et acceptée. En effet, il n'a que deux ans quand il perd une petite sœur âgée de trois ans, puis, entre 1790 et 1795, les morts se multiplient autour de lui : sa grand-mère maternelle, son père en 1793, enfin sa sœur préférée qui a neuf ans, Elizabeth. Mort d'autant plus tragique que Thomas avait reporté sur elle toute l'affection et l'amour qu'il ne put jamais vivre avec sa mère, rigide et distante. La mort subite d'Elizabeth due à une encéphalite inspire à l'enfant une incurable nostalgie dont les échos ne cessent de résonner dans l'œuvre. La scène capitale de ce drame, l'auteur la raconte dans Suspiria de profundis (1845), suite aux Confessions d'un opiomane anglais (Confessions of an English Opium-Eater, 1822). Ouvrant une porte que l'on avait oublié de fermer à clef, De Quincey pénétra à l'insu de tous dans la chambre de sa sœur et contempla longuement le cadavre, tandis que soufflait un vent étrange et que les nuages passaient sur le ciel d'été. Le temps s'abolit. Jamais De Quincey ne saura la durée du moment où il est resté auprès de la morte au visage clos. Son esprit lui sembla voguer sur les flots à la poursuite de Dieu, mais Dieu le fuit : « Fuite et poursuite semblèrent durer [...]


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Pour citer l’article

Diane de MARGERIE, « QUINCEY THOMAS DE - (1785-1859) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 octobre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/thomas-de-quincey/