THÉRÈSE D'ÁVILA (1515-1582)

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La réformatrice

Teresa de Ahumada y Cepeda naquit probablement à Gotarrendura ; elle fut baptisée en l'église San Juan d'Ávila. Son père était le fils d'un marchand drapier de Tolède, qui, né dans une famille juive, mais baptisé dans son enfance, passa au judaïsme avant de revenir vers l'an 1500 à la religion catholique. La mère de Teresa appartenait à une famille de petite noblesse castillane.

Nourrie de pieuses lectures et des récits, qui étaient encore dans toutes les mémoires, de la conquête de Grenade, Thérèse voulut, à l'âge de sept ans, gagner le ciel à bon compte en s'enfuyant chez les musulmans – a tierra de Moros – dans l'espoir d'y subir le martyre. Ramenée par son oncle à la maison paternelle, elle se mit alors à rêver, faute de mieux, de la vie religieuse. Mais bientôt, un peu grisée par les succès que lui valait sa riche nature, elle commença à s'adonner aux vanités de son âge. Elle entretint même quelque temps avec l'un de ses cousins une innocente intrigue. Son père la confia alors aux augustines d'Ávila, chez lesquelles elle fut pensionnaire de seize à dix-huit ans. Elle y prit la résolution de se faire religieuse, plus dans le dessein d'assurer son salut personnel que par pur amour de Dieu ou par zèle des âmes. Entre les diverses maisons religieuses d'Ávila, elle choisit le Carmel, où elle avait une parente.

Son père s'opposa à sa vocation et Thérèse dut s'enfuir de la maison paternelle. Elle entra au Carmel de l'Incarnation le 2 novembre 1536 et y prononça ses vœux solennels le 3 novembre 1537 à l'âge de vingt-deux ans et demi.

L'année suivante, elle tomba gravement malade et l'on crut bon de la faire soigner par une empirique de Becedas, à trente lieues d'Ávila. Le voyage et le traitement faillirent lui coûter la vie, mais ce fut pour elle l'occasion de prendre contact avec les écrits du franciscain Francisco de Osuna, qui devaient influencer grandement l'élaboration de sa spiritualité en l'informant sur les premières oraisons passives.

Après une longue convalescence, elle reprend sa vie religieuse sans ferveur excessive, mais elle se « convertit » pendant le carême de 1554 en contemplant une image du Christ flagellé. Six ans plus tard, une vision de l'enfer lui fait comprendre l'immense malheur qu'est la perte des âmes. Elle décide alors de tout faire pour travailler à leur salut, et d'abord de garder sa règle avec toute la perfection possible.

Cette évolution spirituelle, encore accentuée par ce qu'elle apprend alors des guerres religieuses en France, l'amène à fonder, en 1562, le petit couvent de Saint-Joseph d'Ávila, où l'on gardera dans toute sa rigueur la règle primitive du Carmel. L'afflux des vocations et la ferveur exceptionnelle des premières « déchaussées » font comprendre à Thérèse que Dieu a sur son humble réforme des vues plus larges. Profitant de la visite faite en 1567 par le prieur général du Carmel aux monastères d'Espagne, elle se fait donner par lui la mission de fonder autant de couvents réformés qu'elle le pourra. Elle se met aussitôt à l'œuvre. Pendant les quinze années qui lui restent à vivre, elle fondera seize monastères : Medina del Campo (1567), Malagón et Valladolid (1568), Tolède et Pastrana (1569), Salamanque (1570), Alba de Tormes (1571). Interrompues par trois ans de priorat à l'Incarnation d'Ávila, les fondations reprennent ensuite : Ségovie (1574), Béas et Séville (1575), Caravaca (1576), Villanueva de la Jara et Palencia (1580), Soria (1581), Grenade et Burgos (1582). À part celles de Caravaca et de Grenade, qu'elle a seulement décidées et préparées, Thérèse a réalisé personnellement ces fondations, avec des moyens matériels le plus souvent dérisoires.

En 1567, comprenant l'utilité qu'il y aurait pour ses moniales à être assistées spirituellement par des religieux suivant la même règle, elle avait obtenu du père général la permission de fonder deux couvents de carmes déchaussés. L'une de ses premières recrues fut Jean de la Croix (1542-1591). Après des débuts difficiles, la branche masculine de la réforme carmélitaine prit une extension considérable et, en 1593, se sépara du tronc ancien du Carmel, entraînant dans la sécession les déchaussées elles-mêmes. Mais sainte Thérèse n'était pas là pour assister à cette péripétie. Épuisée par la difficile fondation de Burgos, elle était morte à Alba de Tormes à l'âge de soixante-sept ans. Elle a été béatifiée par Paul V (1614), canonisée par Grégoire XV (1622) et proclamée docteur de l'Église par Paul VI (1970).

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Pour citer l’article

Pierre SÉROUET, « THÉRÈSE D'ÁVILA (1515-1582) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/therese-d-avila/