THÉÂTRE OCCIDENTALLe nouveau théâtre

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Une dramaturgie du refus

C'est en 1950 que se produisirent les premières manifestations du « nouveau théâtre » ; cette année-là, La Cantatrice chauve d'Eugène Ionesco apparut, à l'affiche du théâtre des Noctambules ; les deux premières pièces d'Arthur Adamov, La Parodie et L'Invasion, écrites depuis quelque temps déjà, furent publiées en un volume où figuraient des témoignages élogieux de Gide, de Prévert, de René Char, et sa troisième pièce, La Grande et la Petite Manœuvre, créée, elle aussi, aux Noctambules.

Les titres de ces œuvres l'indiquent assez : un tel théâtre procédait d'abord d'un refus du théâtre tel qu'il se pratiquait alors. Dans La Cantatrice chauve, il n'y avait ni cantatrice ni chauve : rien que des Smith et des Bobby Watson, rabâchant, à longueur de soirée, des lieux communs empruntés (Ionesco l'a avoué plus tard) à L'Anglais sans peine, un manuel de la méthode Assimil. Et, sur la page de garde du premier tome de son Théâtre, Adamov annonçait son « refus délibéré de s'abandonner à ce que Jean Vilar appelle les dentelles du dialogue et de l'intrigue ».

Ce contre quoi ces nouveaux dramaturges s'inscrivaient en faux, c'était le théâtre psychologique, voire philosophique, qui avait fait les beaux soirs de la scène française entre les deux guerres. Ils dénonçaient les subtilités langagières d'un Giraudoux ou les travestissements à l'antique d'un Cocteau comme autant de trahisons de ce que devait être un véritable théâtre. Ils s'en prenaient aussi aux pièces à message d'un Camus, voire d'un Sartre (celui des Mains sales et de Morts sans sépulture plus que celui de Huis clos). Contre une métaphysique du langage et contre des discours idéologiques, ils revendiquaient une « physique de la scène ». Dès cette époque, la formule d'Artaud (celui-ci restait encore peu connu, mais Adamov, qui avait été son ami, s'en réclamait) : « La scène est un lieu physique et concret qui dem [...]


1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 9 pages

Médias de l’article

Oh les beaux jours

Oh les beaux jours
Crédits : Evening Standard/ Hulton Archive/ Getty Images

photographie

Bertolt Brecht

Bertolt Brecht
Crédits : Hulton Getty

photographie

Armand Gatti

Armand Gatti
Crédits : Sophie Bassouls/ Sygma/ Getty Images

photographie

Jean Genet

Jean Genet
Crédits : Hulton-Deutsch Collection/ Corbis Historical/ Getty Images

photographie

Afficher les 4 médias de l'article


Écrit par :

  • : professeur à l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle (études théâtrales), professeur au Conservatoire national supérieur d'art dramatique (dramaturgie)

Classification

Autres références

«  THÉÂTRE OCCIDENTAL  » est également traité dans :

THÉÂTRE OCCIDENTAL - La théâtralité

  • Écrit par 
  • Henri GOUHIER
  •  • 4 012 mots
  •  • 1 média

Des expressions telles que « philosophie des sciences », « philosophie de la religion », « philosophie de l'art » sont courantes : elles signifient que l'homme aime à réfléchir sur ses propres activités, comme s'il cherchait à se connaître à travers ce qu'il fait. Il est donc naturel d'envisager aussi une philosophie de cet art qu'est l'art théâtral, rec […] Lire la suite

THÉÂTRE OCCIDENTAL - Histoire

  • Écrit par 
  • Robert PIGNARRE
  •  • 8 346 mots

L'art théâtral a longtemps été considéré par les critiques et les historiens comme une forme particulière, mais non différente en essence, de la création littéraire. En quoi ils suivaient Aristote prononçant que tout ce qui touche à l'organisation du spectacle, quel qu'en soit le pouvoir de séduction, est ce qu'il y a de plus étranger à la […] Lire la suite

THÉÂTRE OCCIDENTAL - La dramaturgie

  • Écrit par 
  • Christian BIET, 
  • Hélène KUNTZ
  •  • 12 310 mots
  •  • 1 média

Le théâtre est d'abord un spectacle, une performance, un travail corporel, un exercice vocal et gestuel, le plus souvent dans un décor particulier. Il est aussi une représentation, autrement dit un moyen esthétique d'offrir au spectateur l'illusion que les corps, les décors, les voix et les gestes sont autre chose que ce qu'il voit directement et que cet ensemble est le simulacre d'une autre réal […] Lire la suite

THÉÂTRE OCCIDENTAL - De la salle de spectacle au monument urbain

  • Écrit par 
  • Daniel RABREAU
  •  • 5 080 mots
  •  • 1 média

De l'ambiguïté des relations qu'entretient l'individu avec la mise en scène du drame découle l'essence même du théâtre. Les sens se bercent d'illusion tandis que la catharsis opère l'osmose des passions et fonde un nouvel ordre de réalités. Les rapports entre l'architecture, la ville et le théâtre ne sont pas moins ambigus : les citadins, rassemblés en public dans un local tota […] Lire la suite

THÉÂTRE OCCIDENTAL - La scène

  • Écrit par 
  • Alfred SIMON
  •  • 10 027 mots
  •  • 5 médias

Pour l'historien du théâtre, le xxe siècle se confond avec l'âge d'or de la mise en scène. Elle est née dans les vingt dernières années du siècle précédent. En créant le Théâtre-Libre en mars 1887, André Antoine s'est promu premier metteur en scène moderne et a placé la mise en scène théâtrale au centre de toute problématique de la modernité. Il pouva […] Lire la suite

THÉÂTRE OCCIDENTAL - Le mélange des genres

  • Écrit par 
  • Jean CHOLLET
  •  • 6 547 mots
  •  • 7 médias

Depuis ses origines, le théâtre occidental s'est nourri d'apports artistiques dont la synthèse unique contribue à son identité. Dans l'Antiquité, le théâtre grec est un spectacle total. L'expression des tragédies et des comédies anciennes repose alors autant sur la musique et les formes spectaculaires que sur le texte lui-même. À travers le temps, certains c […] Lire la suite

THÉÂTRE OCCIDENTAL - L'interprétation des classiques

  • Écrit par 
  • Christian BIET
  •  • 7 281 mots
  •  • 1 média

Faut-il se plaindre du fait que la scène théâtrale française, à partir des années 1980, se soit tournée vers ce qu'il est convenu d'appeler le « grand répertoire » ? Faut-il considérer, comme le faisait Jean Jourdheuil (Libération, 29 et 30 mai 1987), que les théâtres actuels sont avant tout « immobiles » et qu'ils répètent plus qu'ils n'innovent ?Outre le fait que les pièces c […] Lire la suite

THÉÂTRE OCCIDENTAL - Théâtre et politique culturelle

  • Écrit par 
  • Robert ABIRACHED
  •  • 5 113 mots
  •  • 1 média

Dès son apparition en Grèce, le théâtre a suscité l'intérêt du pouvoir. Intégré dans le fonctionnement même de la cité athénienne, il fut d'abord un instrument de la démocratie, puis, quelques siècles plus tard à Rome, un moyen de canaliser les ardeurs du peuple et de le distraire de la réalité. Revenu au cœur de la vie urbaine, à l'époque médiévale, il eut partie liée avec l'imaginaire collectif […] Lire la suite

THÉÂTRE OCCIDENTAL - L'École du spectateur

  • Écrit par 
  • Dominique PAQUET
  •  • 2 534 mots

L'école du spectateur est en passe de devenir un concept clé de la politique culturelle française malgré les difficultés que rencontre sa mise en place. Ce n'est pas le moindre de ses paradoxes. En effet, il n'est pas un établissement culturel qui ne se dote de dispositifs culturels et artistiques en direction des jeunes, des adultes et des élèves. Dans le même temps, la nécessité de l'éducation a […] Lire la suite

THÉÂTRE OCCIDENTAL - Théâtre et sociétés

  • Écrit par 
  • Jean-Marie PRADIER
  •  • 9 668 mots

La dynamique des flux et des reflux qui anime la vie des sociétés a orienté le sens, la forme et l'organisation des spectacles qu'elles se donnent, pratiques vivantes autour desquelles la collectivité se retrouve. Religieux ou profanes, politiques ou hédoniques, triviaux ou savants, ces moments à voir et à vivre se sont parfois stabilisés en des savoirs et des codes plus ou moins rigoureux. Ce que […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Bernard DORT, « THÉÂTRE OCCIDENTAL - Le nouveau théâtre », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 novembre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/theatre-occidental-le-nouveau-theatre/