THE NEW ARTTHE NEW LIFE, THE COLLECTED WRITINGS, Piet MondrianFiche de lecture

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Prise de conscience

Un épais volume réunit les textes, les essais et diverses notes théoriques de Mondrian – à l'exclusion des carnets de 1913-1914 (publiés en fac-similé) et de sa correspondance (dont de nombreux extraits illustrent dans l'ouvrage les introductions aux textes de l'artiste). L'ensemble couvre ainsi une période comprise entre 1915 et 1944, durant laquelle Mondrian n'a jamais cessé de clarifier par l'écriture son entreprise picturale. Afin de suivre l'évolution de la pensée de l'auteur, l'ouvrage rassemble l'ensemble des textes selon leur chronologie, respectant ainsi le développement d'une esthétique complexe. Cette longue séquence, comprenant plus d'une cinquantaine de textes, est articulée en trois moments par les éditeurs : « Les Années De Stijl : 1917-1924 », contenant notamment les textes publiés dans la revue éponyme que Mondrian avait fondée avec Theo Van Doesburg ; suivi de « L'Après-De Stijl : 1924-38 » ; et, en conclusion, « l'Angleterre et les États-Unis : 1938-1944 ». Seules les deux premières parties ont été traduites car, fait remarquable, Mondrian s'est toujours exprimé dans la langue du pays où il résidait : lorsqu'il revient s'installer à Paris en 1919, il traduit d'abord sa pensée du néerlandais en français puis il écrit dans cette langue pour ses publications. De même, à partir de 1938, lorsqu'il séjourne en Angleterre avant de rejoindre les États-Unis durant la guerre, et jusqu'à sa mort à New York en 1944, il s'exprime directement en anglais.

La majorité de ces essais furent publiés du vivant de l'artiste, et peu de temps après leur achèvement. Dès « La Nouvelle Plastique », originellement conçu comme un livre entre 1914 et 1917 et finalement publié en douze parties en 1917 et 1918, Mondrian justifiait clairement l'importance provisoire des mots. En effet, si le « nouveau » finira bien par « parler de lui-même », explique-t-il, il est bien légitime, de la part de l'amateur, de demander des « explications immédiates » à l'artiste, de même qu'il est logique pour ce dernier « après avoir créé l'art nouveau, d'essayer d'en prendre conscience ». En avance sur son temps, l'artiste d'avant-garde se doit donc d'éclairer les masses.

Dans Réalité naturelle et réalité abstraite, un « trialogue » publié en 1919 et 1920 dans la revue De Stijl, l'écrit apparaît à cet effet comme un instrument pédagogique déterminant. En mettant en scène un échange entre Y (un amateur d'art), X (un peintre naturaliste), et Z (un peintre abstrait-réaliste), Mondrian veut démontrer la force de conviction que recèle son art à travers la lente assimilation de celui-ci par deux protagonistes récalcitrants. Que son effort s'adresse à un artiste et à un amateur d'art à la traîne est un facteur décisif de la rhétorique avant-gardiste de Mondrian. Pour lui, le spectateur est nécessairement un artiste en devenir, et l'amener à « comprendre », comme pouvait l'écrire Kandinsky en 1914, c'est « l'élever [...] au niveau de l'artiste ». Cette compréhension recèle en outre un effet dynamique pour le peintre lui-même. « Expliquer signifie gagner en conscience, notait encore Mondrian, [et] ainsi l'explication de l'expression plastique la rend indirectement plus profonde et plus précise. »

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Écrit par :

  • : professeur d'histoire de l'art contemporain à l'université de Brown, Rhode Island (États-Unis)

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Hervé VANEL, « THE NEW ART - THE NEW LIFE, THE COLLECTED WRITINGS, Piet MondrianFiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 29 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/the-new-art-the-new-life-the-collected-writings/