THAÏLANDE

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

quelques données-clés.
Nom officielRoyaume de Thaïlande (TH)
Chef de l'Étatle roi Maha Vajiralongkorn ou Rama X (depuis le 1er décembre 2016)
Note :
Chef du gouvernementPrayuth Chan-ocha (depuis le 22 mai 2014)
CapitaleBangkok
Langue officiellethaï
Unité monétairebaht (THB)
Population66 873 000 (estim. 2021)
Superficie (km2)513 120

La Thaïlande contemporaine

L'histoire de la Thaïlande depuis 1932 est pour l'essentiel aussi celle de la participation des armées au pouvoir politique. Quand les militaires s'emparent du pouvoir, personne n'est vraiment surpris tant les rumeurs sont insistantes depuis le début du siècle. Après que le roi Chulalongkorn eut entrepris sa réforme administrative à la fin du xixe siècle, les élites administratives et militaires qui émergent non seulement s'emparent du pouvoir mais se l'approprient. Elles ne chercheront pas d'ailleurs à se relégitimer ultérieurement sur une base électorale ou idéologique. Au début des années 1930, le prestige de l'institution militaire est d'autant plus élevé que nombre de princes y occupent d'importantes fonctions. Plus que tout autre segment de la société, l'armée apparaît comme un élément social peu divisé. L'émergence politique durable des forces armées est également liée à la quasi-disparition, pendant un quart de siècle, de l'autorité monarchique.

De la fin de la monarchie absolue à la Seconde Guerre mondiale

Le 24 juin 1932, un coup d'État militaire sans effusion de sang met un terme à la monarchie absolue. L'ambition des nouveaux dirigeants est d'instaurer un régime constitutionnel garantissant l'égalité des droits et la représentativité du gouvernement. Le président de la cour d'appel de Bangkok, Phraya Manopakorn, est désigné pour diriger le gouvernement. Le nouveau pouvoir est divisé entre civils, représentés par Pridi Banomyong (alias Luang Pradit) et militaires, mais il est aussi contesté par une opposition monarchique vivace. La lutte pour le pouvoir ne se résume plus à une rivalité entre princes de la famille royale. Elle oppose une oligarchie de cadres supérieurs, civils et militaires, produits de l'effort d'occidentalisation des règnes des rois Chulalongkorn (1868-1910) et Vajiravudh (1910-1925). Le pouvoir exécutif n'en restera pas moins très instable.

Après que le roi a dissous l'Assemblée le 1er avril 1933, les dissensions entre les protagonistes du coup d'État et les velléités de restauration des partisans de la monarchie absolue se soldent par la confiscation du pouvoir par l'armée. De juin 1933 à décembre 1938, le colonel Phraya Phahon Phonphayuhasena gouverne, avant d'être remplacé par le colonel Phibun Songkhram de décembre 1938 à juillet 1944. L'emprise des soldats est d'autant plus forte que, le 2 mars 1935, le roi Prajadhipok (1925-1935) a abdiqué après s'être opposé à des mesures qui diminuaient ses prérogatives et que c'est son jeune neveu, Ananda Mahidol, qui lui succède. Phibun consolide son pouvoir par une répression meurtrière de toute opposition et par un nationalisme exacerbé. La dictature bâtie avec le ministre de la Propagande, Luang Wichitwathakan, instaure un culte de la personnalité du chef du gouvernement et accentue la centralisation administrative. Le 24 juin 1939, le Siam devient la Thaïlande, le territoire des Thaïs. Phibun ne cache pas ses ambitions pan-thaï. Il revendique le Laos, les provinces occidentales du Cambodge mais aussi certaines régions de Malaisie, de Birmanie, voire également d'Inde, de Chine et du Tonkin. Cette politique extérieure s'accompagne à l'intérieur par un appel aux Thaïlandais à acheter les produits nationaux et par une politique raciale hostile aux minorités, notamment chinoises.

Pour combattre l'influence des Chinois et des Occidentaux, Phibun s'allie aux Japonais, mais après avoir longtemps hésité, comme en témoignent les traités de non-agression signés avec les Britanniques et les Français (Bangkok, 12 juin 1940). Après l'intervention militaire nippone au nord du Vietnam en septembre 1940, la Thaïlande cherche à reprendre le contrôle des territoires qu'elle avait dû céder à partir de la fin du xixe siècle. Les escarmouches sur la frontière cambodgienne dégénèrent en un conflit armé de décembre 1940 à janvier 1941. L'armée française décide de lancer une grande offensive terrestre, mais elle est défaite à Yang Dang Khun. Cet échec fut partiellement compensé par la victoire navale (17 janvier) au large de l'île de Koh Chang, au cours de laquelle la flotte royale est réduite de plus du tiers par celle du capitaine de vaisseau Béranger. Trois jours plus tard, un ultimatum japonais impose un armistice et une médiation nippone. Le 11 mars, Bangkok obtient un compromis favorable, que précisera le traité de Tōkyō du 9 mai 1941. Celui-ci impose à la France la cession de deux provinces laotiennes (Bassac, Pak Lay), la province de Battambang et les territoires situés au nord du 15e parallèle de plusieurs autres provinces cambodgiennes (Sisophon, Siem Reap, Kompong Thom, Stung Treng). Ces terres ne seront restituées à la France que le 17 décembre 1946, la Thaïlande déclarant alors que la question des revendications est « définitivement réglée ». En dépit de cet engagement, la délimitation des frontières maritimes et terrestres continuera d'envenimer les relations extérieures de la Thaïlande avec ses voisins : même l'arrêt rendu le 15 juin 1962 par la Cour internationale de justice relative à la souveraineté cambodgienne sur le temple de Preah Vihear n'y mettra pas un terme.

Une succession de coups d'État (1946-1957)

Le maréchal Phibun entraîna son pays dans la guerre et ne put préserver son indépendance. Il fut contraint de soutenir l'effort de guerre de l'empire du Soleil-Levant mais aussi d'accueillir sur son sol des soldats (50 000) et conseillers du Mikado. En échange du soutien à Tōkyō, il (re)conquit les territoires de la rive gauche du Mékong. Quant à sa participation à l'offensive japonaise sur la Birmanie, elle offre à la Thaïlande l'occasion de se voir « restituer » des États shans (Siang Tung, Mongpan), mais également les États malais, cédés en 1909 à Londres (Kedah, Kelantan, Perlis, Trengganu). Cependant, la défaite japonaise de 1945 ne permit pas à Bangkok d'asseoir durablement sa souveraineté sur ces territoires.

La Thaïlande, qui a déclaré la guerre aux États-Unis et au Royaume-Uni le 25 janvier 1942, n'est pas pour autant dans le camp des vaincus. Elle doit cette situation à l'aile « civile » du régime instaurée une décennie plus tôt. Inspirée par le juriste formé à Paris et fondateur de l'université Thammasat (1934), Pridi Banomyong, elle est en mesure de négocier avec les vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale après la démission de Phibun, le 26 juillet 1944. En désaccord avec la coopération financière avec le Japon, Pridi a conquis sa place sans être un résistant de premier plan. Après avoir perdu son portefeuille ministériel le 17 décembre 1941, devenu régent, il s'est rallié au Mouvement des Thaïs libres (Seri Thai), la résistance clandestine en contact avec les Alliés. Restée à l'écart de la lutte contre le Japon, l'armée se trouve toutefois évincée du pouvoir.

En janvier 1946, le royaume connaît ses premières élections libres. La gauche regroupée autour de Pridi obtient la major [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 37 pages


Médias de l’article

Thaïlande : carte physique

Thaïlande : carte physique
Crédits : Encyclopædia Universalis France

carte

Thaïlande : drapeau

Thaïlande : drapeau
Crédits : Encyclopædia Universalis France

drapeau

Plage de Krabi, Thaïlande

Plage de Krabi, Thaïlande
Crédits : Efired/ Shutterstock

photographie

Phuket (Thaïlande)

Phuket (Thaïlande)
Crédits : Paul Chesley/ Getty Images

photographie

Afficher les 15 médias de l'article


Écrit par :

  • : professeur émérite des universités (Paris-III), ancien membre de l'École française d'Extrême-Orient
  • : doyen de la faculté autonome d'économie et de droit de Paris, membre de l'Académie d'agriculture
  • : enseignant à l'Institut national des langues et civilisations orientales
  • : directeur de recherche au C.N.R.S.
  • : chargée du département Asie au musée de l'Homme, directeur d'études à l'École pratique des hautes études (Ve section)

Classification

Autres références

«  THAÏLANDE  » est également traité dans :

THAÏLANDE, chronologie contemporaine

  • Écrit par 
  • Universalis

Tous les événements politiques (élections, conflits, accords, …) et les faits économiques et sociaux qui ont marqué l’histoire contemporaine du pays jusqu’à aujourd’hui. […] Lire la suite

ANG DUONG (1796-1860) roi du Cambodge (1845-1860)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 290 mots

Dernier roi du Cambodge avant le protectorat français (accession au trône en 1841, investiture officielle en 1848), né en 1796, mort le 19 octobre 1860 à Oudong (Cambodge). Ang Duong est le frère cadet d'Ang Chan II, qui règne sous l'autorité conjointe du Siam (la Thaïlande) et du Vietnam. De 1841 à 1847, ces deux pays s'affrontent au Cambodge, alternant conflits et trêves agitées. Incapables d […] Lire la suite

ASEAN (Association of South East Asian Nations) ou ANSEA (Association des nations du Sud-Est asiatique)

  • Écrit par 
  • Anne-Marie LE GLOANNEC
  •  • 225 mots

Organisation internationale fondée en août 1967 par l'Indonésie, la Malaisie, les Philippines, Singapour et la Thaïlande pour remplacer l'Association de l'Asie du Sud-Est (A.S.A.), l'Association des nations du Sud-Est asiatique vise à coordonner l'action de gouvernements hostiles à la remise en cause du statu quo politique en Asie du Sud-Est. Ses principaux objectifs comprennent : l'élimination d […] Lire la suite

ASIE (Structure et milieu) - Géologie

  • Écrit par 
  • Louis DUBERTRET, 
  • Guy MENNESSIER
  • , Universalis
  •  • 7 907 mots

Dans le chapitre « Birmanie-Thaïlande »  : […] L' histoire géologique de la Birmanie et de la Thaïlande, mal connue, montre tout au moins une liaison étroite avec le Tibet, l'Himalaya et la Malaisie. À l'est se trouve le plateau de Shan, constitué de terrains métamorphiques prolongeant ceux du Tibet. Dans le nord de la Birmanie, une série sédimentaire monte du Cambrien au Quaternaire. Les chaînes birmanes s'allongent à l'ouest et comprennent […] Lire la suite

ASIE (Structure et milieu) - Géographie physique

  • Écrit par 
  • Pierre CARRIÈRE, 
  • Jean DELVERT, 
  • Xavier de PLANHOL
  •  • 34 837 mots
  •  • 8 médias

Dans le chapitre « La mousson de l'Asie du Sud-Est »  : […] L'Asie du Sud-Est, plus méridionale que l'Inde, est aussi beaucoup plus arrosée : les pluies sont, à peu près partout, supérieures à 1 400 mm, et les climats équatoriaux à pluies constantes et très abondantes (supérieures à 2 000 et même à 2 500 mm) sont très largement représentés. Le relief étant, par ailleurs, beaucoup plus fragmenté, les climats sont plus divers. Les phénomènes moteurs de la mo […] Lire la suite

ASIE (Géographie humaine et régionale) - Dynamiques régionales

  • Écrit par 
  • Manuelle FRANCK, 
  • Bernard HOURCADE, 
  • Georges MUTIN, 
  • Philippe PELLETIER, 
  • Jean-Luc RACINE
  •  • 24 814 mots
  •  • 9 médias

Dans le chapitre « Asie du Sud-Est »  : […] Le processus de mondialisation intègre aujourd'hui, sur le plan économique, l'Asie du Sud-Est à l'Asie orientale, et l'on désigne de moins en moins souvent cet espace, intermédiaire entre les deux géants de l'Asie que sont la Chine et l'Inde, par un toponyme propre. Le toponyme, il est vrai, ne va pas de soi, alors que l'Asie du Sud-Est, un temps partagée entre plusieurs puissances coloniales, In […] Lire la suite

ASIE DU SUD-EST (art et archéologie) - Préhistoire et protohistoire

  • Écrit par 
  • Helmut LOOFS-WISSOWA
  •  • 3 590 mots
  •  • 2 médias

Nous assistons actuellement à une véritable révolution de la recherche préhistorique et protohistorique en Asie du Sud-Est. Les connaissances accumulées pendant plus d'un demi-siècle par le travail patient d'une poignée de chercheurs européens ou américains sont remises en question pour être remplacées par de nouvelles hypothèses élaborées surtout par une nouvelle génération d'archéologues sud-est […] Lire la suite

AYUTHYA

  • Écrit par 
  • Jean BOISSELIER
  •  • 427 mots
  •  • 2 médias

La ville d'Ayuthya, fondée en 1350 par le prince d'U Thong dans une île formée par le Ménam et ses affluents à cinquante kilomètres au sud de Lopburi, sera, durant quatre cent dix-sept ans, la capitale du Siam. Ayuthya se veut l'héritière de Dvāravatī, de la puissance d'Angkor (1431) et la maîtresse du royaume de Sukhothai (1438) et son art est influencé par cette triple vocation. Composite et ric […] Lire la suite

BANGKOK

  • Écrit par 
  • Lawrence STERNSTEIN, 
  • Christian TAILLARD
  • , Universalis
  •  • 1 618 mots
  •  • 3 médias

Bangkok, la capitale de la Thaïlande, est une ville de delta chevauchant la Chao Phraya. Précédée par Thonburi sur la rive droite, la capitale a été transférée en 1782, par la dynastie Chakri, sur la rive gauche dans la péninsule Ratanakosin, délimitée à l'ouest par le fleuve et à l'est par une série de trois canaux parallèles, repoussant le quartier chinois vers l'aval. Au xx e  siècle, un péri […] Lire la suite

BHUMIBOL ADULYADEJ ou RAMA IX (1927-2016) roi de Thaïlande (1946-2016)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 533 mots
  •  • 1 média

Roi de Thaïlande de 1946 à 2016, Bhumibol Adulyadej , petit-fils du roi Chulalongkorn (Rama V), est né le 5 décembre 1927 à Cambridge (Massachusetts). Il vient au monde alors que son père, le prince Mahidol de Songkhla, fait ses études de médecine à Harvard. Son frère aîné, Ananda Mahidol, couronné roi en 1935, est tué par balle pendant son sommeil le 9 juin 1946. Les circonstances de cette mort m […] Lire la suite

Voir aussi

Les derniers événements

30 novembre 2020 Thaïlande. Retour de l'application de l'article punissant le crime de lèse-majesté.

La police poursuit cinq opposants sous le motif de crime de lèse-majesté, pour avoir organisé des manifestations. Depuis juillet, un mouvement de contestation réclame la démission du gouvernement, ainsi que des réformes du système monarchique. Particulièrement sévère, l’article 112 du code pénal punit le crime de lèse-majesté d’une peine de trois à quinze ans de prison. […] Lire la suite

7-25 novembre 2020 Iran. Libération temporaire et échange de prisonniers.

Le 25, les autorités libèrent l’universitaire anglo-australienne Kylie Moore-Gilbert, arrêtée en septembre 2018 et condamnée pour espionnage au profit d’Israël, en échange de la libération de trois Iraniens emprisonnés en Thaïlande depuis février 2012 après une tentative manquée d’assassinat de diplomates israéliens à Bangkok. […] Lire la suite

15 novembre 2020 Asie. Signature d'un accord de libre-échange entre quinze États d'Asie et du Pacifique.

Il s’agit de la Chine, du Japon, de la Corée du Sud, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, en plus des dix pays membres de l’ASEAN (Birmanie, Brunei, Cambodge, Indonésie, Laos, Malaisie, Philippines, Singapour, Thaïlande, Vietnam). L’Inde en est absente. Ces pays représentent environ 30 p. 100 du PIB mondial. En janvier 2017, le président américain Donald Trump avait retiré son pays du projet de Partenariat transpacifique (TPP) initié par son prédécesseur Barack Obama, qui visait à établir une zone de libre-échange entre les régions Asie, Pacifique et Amérique. […] Lire la suite

14-26 octobre 2020 Thaïlande. Poursuite des manifestations malgré l'état d'urgence.

Le 14, le convoi transportant la reine Suthida est momentanément bloqué par les manifestants dans les rues de Bangkok. Le 15, le gouvernement annonce l’instauration d’un état d’urgence renforcé. Les rassemblements de plus de quatre personnes sont interdits. Les étudiants demandent depuis juillet la démission du Premier ministre Prayuth Chan-o-cha, s’en prenant de plus en plus ouvertement à l’institution monarchique. […] Lire la suite

20 septembre 2020 Thaïlande. Pose symbolique d'une plaque commémorative devant le palais royal.

Les étudiants qui manifestent depuis juillet contre le régime monarchique scellent dans le sol devant le palais royal, à Bangkok, une plaque portant l’inscription : « Ce pays appartient au peuple et non au roi. » Celle-ci est la réplique d’une plaque posée en 1936 pour commémorer un coup d’État antiroyaliste survenu en 1932, qui avait été retirée en 2017. […] Lire la suite

Pour citer l’article

Jean BOISSELIER, Achille DAUPHIN-MEUNIER, Christian LECHERVY, Christian TAILLARD, Solange THIERRY, « THAÏLANDE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/thailande/