TÉTHYS

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Historique

Les origines

C'est à Melchior Neumayr que l'on doit, en 1885, l'identification d'un domaine marin, continu au Jurassique, disposé équatorialement et en partie superposé à la chaîne alpine. Ce domaine, désigné comme « Zentrales Mittelmeer », séparait plusieurs masses continentales, situées au nord, d'un grand continent « brésilien-éthiopien » et « indo-malgache », situé au sud, préfiguration du futur Gondwana. Neumayr se fondait sur les découvertes d'Invertébrés jurassiques (Ammonites surtout) faites à travers le monde, et qui montraient une zonation climatique séparant les plates-formes boréales (Europe du Nord et bassin de Moscou par exemple) d'une zone équatoriale plus chaude joignant sans discontinuité les Caraïbes, l'Europe méridionale et l'Afrique du Nord, le Moyen-Orient et l'Himālaya avec un profond « golfe éthiopien » vers le Mozambique, et une extension atteignant même l'Australie occidentale. Ainsi défini sur une base purement biogéographique, ce domaine fut redéfini sur le plan tectonique, en 1893, puis en 1901, par Eduard Suess (beau-père de Neumayr), qui attribua le nom de Téthys « à l'océan, aujourd'hui disparu, qui s'étendait à travers l'Eurasie, des Alpes à l'Himālaya ». En outre, Suess modifia l'âge de la Téthys pour y intégrer les découvertes de faunes triasiques et liasiques, et plus spécialement des faciès pélagiques à Ammonites qui venaient d'être décrits par Mosjisovic (1895) en Himālaya (H. C. Jenkyns, 1980).

Méditerranée centrale

Dessin : Méditerranée centrale

Première figuration de la « Zentrales Mittelmeer » (« méditerranée centrale ») par Neumayr (1887). Cette carte est quasi identique à la carte colorée publiée en 1885 et montre clairement le grand espace marin équatorial que Suess devait baptiser « Téthys » dès 1893, entre les... 

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Il convient de signaler que, dans la mythologie grecque, Téthys est la sœur et l'épouse d'Okéanos, l'un des Titans. Elle est donc la fille d'Ouranos et de Gaia, et ne doit pas être confondue avec Thétis, l'une des Néréides et mère d'Achille ; l'adjectif dérivé est « téthysien » en français et « tethyan » en anglais.

Il est surprenant de voir que, sur des bases purement paléontologiques, les auteurs de la Téthys affirmaient déjà que l'océan Atlantique n'existait pas au Trias, et que la Téthys ne pouvait donc en être une « dépendance ». Alfred Wegener, en 1915, utilisa les données climatiques pour sa célèbre reconstruction de la Pangée, mais curieusement ne laissa aucun espace océanique entre le Gondwana et l'Asie : dans ce cas, la Téthys n'aurait été qu'un simple bras de mer épicontinentale.

Simultanément, le développement de la notion de géosynclinal a beaucoup influencé la conception de la Téthys suivant les différentes écoles de pensée. Dès l'origine, Suess avait rejeté l'idée du géosynclinal, dont aucun exemple actuel ne correspondait aux caractéristiques géologiques. À l'inverse, Émile Haug faisait figurer un « géosynclinal équatorial » entre les grandes masses continentales africaines et asiatiques, à peu près superposé à la Zentrales Mittelmeer de Neumayr, mais interrompu par un grand « continent pacifique » hypothétique. Par la suite, ces deux types d'attitudes ont dominé la pensée géologique de la première moitié du xxe siècle. Pour les tenants de l'actualisme, les phénomènes tectoniques apparaissent de façon constante, mais irrégulière, à la surface du globe ; les orogenèses résultent du déplacement de continents aux formes quelconques. Cette école, issue en partie des vues de Suess, est représentée à l'origine par Alfred Wegener et Émile Argand, qui seront suivis par Staub et Alexander Du Toit. À l'opposé, l'école de Kober puis de Hans Stille voit les orogenèses de façon déterministe, dans l'espace et dans le temps, avec des « phases » majeures, synchrones sur tout le globe, suivant des cycles réguliers, incompatibles avec le déplacement des continents. On peut donc qualifier de « mobiliste » la première école et de « fixiste » la seconde.

L'école fixiste, en adoptant l'idée générale de Haug sur les géosynclinaux « intercontinentaux », considère l'espace téthysien comme un trait permanent, un « géosynclinal complexe » qui fut progressivement consolidé sur ses marges au cours des orogenèses calédonienne, hercynienne et alpine par cratonisations successives de ses bordures (c'est-à-dire incorporation au bâti continental). L'expression la plus élaborée de cette conception est donnée par Stille, en 1958, sous la forme d'une terminologie ad hoc qui n'a guère été utilisée ultérieurement : Téthys calédonienne = Palaeotethys

Téthys varisque = Mesotethys Téthys alpine = Neotethys.

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Méditerranée centrale

Méditerranée centrale
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Paléo-Téthys et Néo-Téthys

Paléo-Téthys et Néo-Téthys
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Système alpin : sutures téthysiennes

Système alpin : sutures téthysiennes
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Effondrement sous-marin

Effondrement sous-marin
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Écrit par :

  • : docteur ès sciences, chargé de recherche au C.N.R.S.

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Pour citer l’article

Olivier MONOD, « TÉTHYS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/tethys/