TELL ES-SAKAN, site archéologique

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L'établissement égyptien

Au cours des trente dernières années, plus d'une douzaine de sites renfermant du mobilier archéologique égyptien daté de la fin du IVe millénaire ont été découverts au sud-ouest de la Palestine. La mise au jour d'un mobilier semblable sur un site contemporain de la région de Gaza n'était donc pas inattendue. Pourtant, plusieurs éléments ont fait de cette découverte une surprise : le mobilier archéologique des niveaux 9 à 6 est en effet égyptien dans sa quasi-totalité ; le site est clairement une fondation égyptienne ; il est de grande superficie ; et surtout, il s'agit d'un établissement fortifié.

Trois murailles successives ont été repérées dans les fouilles. La plus ancienne (muraille A1), épaisse d'environ 1,50 mètre et conservée sur une hauteur équivalente, comportait un ouvrage extérieur, bastion ou tour. Son épaisseur a été plus que doublée par l'adjonction, contre sa face interne, de la muraille A2, épaisse d'environ 2 mètres. Ces fortifications ont ensuite été arasées et une nouvelle muraille (muraille B) a été édifiée, environ 3 mètres en avant de la précédente. Elle mesure 3,80 mètres d'épaisseur et on peut lui restituer une hauteur d'origine d'au moins 8 mètres. À l'extérieur, un glacis de terre en protégeait la base et elle comportait un ouvrage de nature encore indéterminée, tour ou bastion, auquel on accédait par une poterne large d'un mètre.

Tell es-Sakan : vue des fortifications au chantier A, vers le nord-ouest

Photographie : Tell es-Sakan : vue des fortifications au chantier A, vers le nord-ouest

Les vestiges des fortifications successives ont été repérés au fond de la grande excavation, où ils avaient été arasés par les bulldozers, et sur sa paroi nord-ouest, où ils apparaissent en coupe. Les murailles A et B protégeaient l'établissement initial égyptien; elles appartiennent... 

Crédits : Mission archéologique franco-palestinienne de Tell es-Sakan

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Ces murailles sont d'un intérêt exceptionnel. En l'état présent des connaissances, ce sont les plus anciennes fortifications égyptiennes connues. Certes, il existait en Égypte des sites fortifiés à la même époque (vers 3300-3100 av. J.-C.), mais leur existence n'était guère établie qu'à partir de représentations d'enceintes crénelées sur des palettes et des sceaux-cylindres. Les remparts de Tell es-Sakan en offrent la première illustration archéologique.

On sait peu de choses encore de l'établissement abrité par ces murailles. Il est représenté par des vestiges d'habitation et d'installations domestiques. Leur principal intérêt est d'illustrer des procédés de construction étrangers à la Palestine de cette époque, mais caractéristiques de l'Égypte contemporaine.

Le mobilier archéologique associé à ces structures est caractéristique de l'Égypte de la fin du IVe millénaire. La poterie, en particulier, est égyptienne dans une proportion de 90 à 95 p. 100, le reste relevant de la production autochtone cananéenne. Un tiers environ de la poterie égyptienne a été importé d'Égypte, le reste ayant été fabriqué localement, mais selon des procédés et des formes typiquement égyptiens. Quelques témoignages de l'utilisation de pratiques administratives égyptiennes ont aussi été recueillis. Il s'agit de cartouches archaïques (serekh) incisés sur des jarres à vin, de scellements de jarre à empreintes de sceau-cylindre, d'un fragment d'une plaquette en os perforée qui pourrait provenir d'une étiquette. Parmi le mobilier de pierre figurent des objets utilitaires (vases, meules) volumineux et lourds, importés d'Égypte. L'industrie lithique compte des outils typiquement égyptiens, à retouches couvrantes.

Tell es-Sakan, chantier A : mobilier archéologique

Photographie : Tell es-Sakan, chantier A : mobilier archéologique

Le mobilier archéologique des niveaux profonds (9-6) de Tell es-Sakan est égyptien dans sa quasi totalité. Il comprend des cartouches archaïques (serekh) incisés sur des jarres (no 1), des scellements d'argile à empreinte de sceau-cylindre (no 2), des outils en silex (no 3), des figurines... 

Crédits : Mission archéologique franco-palestinienne de Tell es-Sakan

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Ces découvertes ont des implications historiques considérables. On s'est longtemps interrogé sur la nature et sur les caractéristiques de la présence égyptienne au sud-ouest de la Palestine à la fin du IVe millénaire : aboutissement d'une conquête militaire ? de relations uniquement commerciales ? d'une exploitation coloniale ? Les premiers résultats des fouilles de Tell es-Sakan permettent de trancher ce débat. Ils impliquent que la présence égyptienne a été à la fois plus importante, plus structurée et plus complexe qu'on ne le croyait. Seul site fortifié égyptien sur ce territoire, Tell es-Sakan semble avoir été l'établissement majeur du domaine colonial en Canaan, à partir duquel les Égyptiens administraient leurs autres comptoirs installés dans la région. Contrairement à Tell es-Sakan, établissement égyptien stricto sensu, ces comptoirs abritaient une population mixte, comprenant une majorité de Cananéens et des contingents plus ou moins importants de colons égyptiens, en résidence plus ou moins prolongée. Une telle organisation n'est pas sans évoquer celle qui prévaudra au Nouvel Empire, quand Gaza, lointain héritier de Tell es-Sakan, sera de nouveau le centre administratif de la province égyptienne de Canaan. L'abondance des jarres à vin à Tell es-Sakan suggère que les colons de la fin du IVe millénaire exportaient vers l'Égypte principalement du vin, l'une des productions majeures de la région de Gaza et du sud-ouest de la Palestine en général.

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Tell es-Sakan: carte de situation et plan topographique

Tell es-Sakan: carte de situation et plan topographique
Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Tell es-Sakan : vue en coupe

Tell es-Sakan : vue en coupe
Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Tell es-Sakan : vue générale des chantiers vers le sud-est

Tell es-Sakan : vue générale des chantiers vers le sud-est
Crédits : Mission archéologique franco-palestinienne de Tell es-Sakan

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Tell es-Sakan : vue des fortifications au chantier A, vers le nord-ouest

Tell es-Sakan : vue des fortifications au chantier A, vers le nord-ouest
Crédits : Mission archéologique franco-palestinienne de Tell es-Sakan

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Écrit par :

  • : directeur de recherche au C.N.R.S., directeur du Centre de recherche français de Jérusalem
  • : directeur du service des Antiquités de Gaza

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Pierre de MIROSCHEDJI, Moain SADEQ, « TELL ES-SAKAN, site archéologique », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/tell-es-sakan-site-archeologique/