TCHERNOBYL

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Conséquences médicales et sanitaires de l'accident

Pendant plus de trois ans après l'accident, les efforts pour en limiter les conséquences au niveau des populations ont été considérés par l'U.R.S.S. comme un sujet exclusivement de son ressort. Ce n'est qu'à partir de 1990 que des échanges puis des collaborations internationales ont commencé à se développer. Celles-ci ont joué un rôle essentiel dans l'analyse et la compréhension des conséquences sur la santé, ainsi que dans l'aide apportée aux autorités locales et aux populations. Chacun des pays issus de l'ex-U.R.S.S. a dû se doter de moyens de diagnostic, de suivi et de traitement de sa population ; les fichiers correspondants ne sont pas toujours homogènes et rendent difficiles les études épidémiologiques.

Parmi les organisations internationales qui ont suivi la santé des populations, on peut citer :

– L'A.I.E.A. qui, à la demande de l'ex-U.R.S.S., a organisé le Projet international Tchernobyl en 1990-1991. Des experts ont évalué les actions réalisées par l'U.R.S.S. dans les années précédentes vis-à-vis des populations, et analysé l'état de santé dans sept cantons ruraux.

– L'Organisation mondiale de la santé (O.M.S.) qui de son côté a réalisé, de 1992 à 1995, un certain nombre de projets concernant en particulier l'estimation des doses délivrées aux populations, la détection de désordres hématologiques, thyroïdiens ou du cerveau.

– La fondation japonaise Sasakawa qui a mis en place de 1992 à 1995 le plus important programme d'examen des enfants des régions contaminées. Des centres de diagnostic ont été établis à Gomel et à Moguilev (Biélorussie), à Briansk (Russie), à Kiev et Koresten (Ukraine) ; 120 000 enfants ont été examinés par des unités mobiles et, le cas échéant, transférés pour traitement dans un des centres.

– Le Comité scientifique des Nations unies sur les effets des radiations atomiques (U.N.S.C.E.A.R. pour United Nations Scientific Committee on the Effects of Atomic Radiations) qui a rassemblé toutes les données disponibles obtenues depuis l'accident. Trois rapports (1988, 1994 et 2000) en font le bilan, et l'examen critique des résultats des différents programmes a été présenté à Vienne lors de sa quarante-neuvième réunion, du 2 au 11 mai 2000.

– L'Office de coordination des affaires humanitaires (O.C.H.A., United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs) qui a effectué en 2001, à la demande du secrétaire général des Nations unies, une mission afin d'améliorer l'aide internationale aux populations affectées. Cette initiative a permis de compléter le bilan et de faire des propositions d'action dans un document publié en janvier 2002 (The Human Consequences of the Chernobyl Nuclear Accident. A Strategy for Recovery).

Pour compléter tous ces travaux, l'A.I.E.A. a lancé, de 2003 à 2005, avec l'ensemble des organismes d'expertise et les autorités de la région sinistrée, une série de réunions d'experts, le Forum Chernobyl, dont les conclusions finalisées en août 2005 ont fait l'objet d'un rapport détaillé de l'O.M.S. en 2006 (Health Effects of the Chernobyl Accident and Special Health Care Programmes). Les aspects environnementaux et économiques ont, quant à eux, été publiés respectivement par l'A.I.E.A. et le P.N.U.D.

Pour aborder le problème des conséquences médicales et sanitaires de la catastrophe de Tchernobyl, il faut distinguer clairement quatre catégories principales de personnes :

– les pompiers et exploitants présents sur le site lors de l'accident, c'est-à-dire le 26 avril, soit environ 600 personnes ;

– les liquidateurs, c'est-à-dire les militaires et les travailleurs civils qui ont réalisé le sarcophage autour du réacteur accidenté, décontaminé au mieux le site et l'environnement, enfoui les déchets et examiné l'état du réacteur accidenté ; environ 600 000 personnes ont reçu un certificat de liquidateur de 1986 à 1990 ;

– la population des zones contaminées, soit plus de 5 millions de personnes ;

– la population des autres pays européens.

Pompiers et exploitants présents sur le site

Sauf indication contraire, les doses absorbées par les victimes sont exprimées en sieverts ou millisieverts efficaces. Ce calcul d'estimation des doses tient compte de l'ensemble des voies d'exposition de l'homme (irradiation externe, inhalation et ingestion), de la répartition de la dose dans les organes (ceux-ci retenant de manière variable les différents radionucléides ingérés et inhalés) et de la sensibilité de ces divers organes et tissus à ces éléments en termes de risque de cancer et de risque génétique. Il exprime une équivalence par rapport au risque qui résulterait d'une irradiation homogène du corps entier.

Les plus fortes doses d'irradiation dues à l'accident de Tchernobyl ont été reçues par les 600 personnes présentes durant la nuit de l'accident, et tout spécialement par les pompiers. Alors que les doses sur le toit du réacteur et dans certains locaux atteignaient plusieurs centaines de sieverts (Sv) par heure (rappelons qu'une dose de 10 Sv, répartie sur l'ensemble du corps, est mortelle), les pompiers ne disposaient d'aucun dosimètre et ceux qui étaient à la disposition des exploitants ne pouvaient mesurer plus de 20 millisiverts (mSv). Les doses qui ont été affectées à ces personnes, de moins de 1 Sv à plus de 10 Sv, ont été évaluées à partir des signes cliniques (vomissements, nausées et érythème) et des indicateurs biologiques d'exposition, notamment les aberrations chromosomiques des lymphocytes du sang lorsque c'était possible. Rappelons que le rayonnement de fond naturel que l'homme reçoit dans le monde chaque année est, en moyenne, de 2,4 mSv. Les pompiers et une partie du personnel exploitant le réacteur accidenté ont été gravement brûlés, tout en recevant des irradiations externes β et γ, sur toute la surface de leur corps exposée aux retombées de particules radioactives. Trois personnes sont décédées le jour même à la suite de traumatisme. Dans la journée du 27 avril, 237 personnes ont été hospitalisées pour « syndrome aigu des rayons » ou A.R.S. (acute radiation sickness). Après des examens cliniques, l'A.R.S. a été confirmé plus tard pour 134 patients qui ont été transférés pour des traitements dans des hôpitaux spécialisés à Moscou et à Kiev (tabl. 1). Parmi les patients les plus irradiés, 13 ont reçu une greffe de moelle osseuse, mais 2 seulement ont survécu. Au total, sur les 134 personnes fortement irradiées, 28 sont mortes au cours de l'année 1986. De 1987 à 2005, 19 décès supplémentaires ont été enregistrés pour des causes diverses (infectieuses, dégénératives, accidentelles ou tumorales), certaines d'entre elles n'étant pas la conséquence directe de l'irradiation subie. Parmi les victimes se trouvait l'ingénieur en chef présent dans la salle de commande au moment de l'accident, décédé en 1995 d'une crise cardiaque après avoir fait plusieurs années de prison.

Tchernobyl et le syndrome aigu des rayons

Tableau : Tchernobyl et le syndrome aigu des rayons

Travailleurs et pompiers ayant été affectés par la syndrome aigu des rayons (SAR). Selon le dernier rapport de l'O.M.S., publié en 2006, huit décès supplémentaires ont été recensés de 1999 à 2004. 

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La catastrophe de Tchernobyl

La catastrophe de Tchernobyl
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Catastophe de Tchernobyl : Pripyat, ville fantôme

Catastophe de Tchernobyl : Pripyat, ville fantôme
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Centrale de Tchernobyl : sarcophage du réacteur 4

Centrale de Tchernobyl : sarcophage du réacteur 4
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Tchernobyl et le syndrome aigu des rayons

Tchernobyl et le syndrome aigu des rayons
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Écrit par :

  • : inspecteur général pour la sûreté nucléaire
  • : docteur vétérinaire, membre de l'Académie des technologies, correspondant de l'Académie de médecine, président de la commission des maladies professionnelles, ancien président de l'Office de protection contre les rayonnements ionisants (O.P.R.I.)

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Pour citer l’article

François-Xavier COGNÉ, Roland MASSE, « TCHERNOBYL », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/tchernobyl/