TCHÉCOSLOVAQUIE

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De la création de l'État à la Seconde Guerre mondiale

Formation du nouvel État (1914-1919)

L'idée d'un État rassemblant Tchèques et Slovaques commençait à peine à s'affirmer dans les premières années du xxe siècle. La Première Guerre mondiale la fit progresser à grands pas et en permit la réalisation. Si les modérés n'envisagent encore rien de mieux que l'autonomie dans le cadre d'une Autriche-Hongrie réellement fédérale, de plus hardis songent déjà à l'indépendance, notamment dans la bourgeoisie libérale et russophile. Mais la répression s'abat sur eux : Karel Kramář et Alois Rašín sont emprisonnés, la presse est bâillonnée, l'association patriotique de gymnastique des Sokols est interdite. La résistance intérieure ne peut être que passive, parfois teintée d'humour comme celle que pratique dans l'armée le célèbre héros de Jaroslav Hašek, le « brave soldat Švejk ». Aussi les patriotes mènent-ils leur action hors de l'Empire ; pour faire connaître et accepter leur cause, ils reçoivent l'aide d'intellectuels, tels les slavistes français Louis Leger et Ernest Denis. Tomáš Garrigue Masaryk et ses collaborateurs (le Tchèque Edvard Beneš, le Slovaque Milan Štefánik) constituent en France le Conseil national tchécoslovaque (1916) ; ils mènent en Amérique une intense propagande auprès de leurs compatriotes émigrés.

Tomas Masaryk

Photographie : Tomas Masaryk

Le Tchèque Tomas Masaryk (1850-1937), patriote et fondateur du Conseil national tchécoslovaque. Il fut élu président de la République en 1918. 

Crédits : Hulton Getty

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L'affaiblissement de l'Autriche-Hongrie, l'intervention des États-Unis, les révolutions russes de 1917 facilitent leur tâche. Recrutées parmi les prisonniers de guerre et les émigrés d'avant la guerre, des « brigades tchécoslovaques » participent aux offensives russes de Galicie (bataille de Zborov en juillet 1917) ; c'est le noyau des Légions tchécoslovaques qui se battront sur les fronts italien, français et russe et dont l'une se trouvera engagée dans la guerre civile en Sibérie avant d'être rapatriée à la fin de 1918. À l'intérieur, l'agitation peut alors reprendre : manifeste des écrivains (mai 1917), grèves dans les centres industriels, libération des prisonniers politiques, « déclaration du jour des Rois » (le 6 janvier 1918, les députés revendiquent l'indépendance), « serment de Prague » (13 avril) et défilé du 1er mai, unification décidée par les Slovaques le 24 mai, création d'un Comité national en juillet et d'un Conseil socialiste en septembre. L'indépendance, que Masaryk annonce le 18 octobre de Washington où il a convaincu Wilson, est confirmée le 28 octobre par le Comité national tchèque, le 30 par le Conseil national slovaque. L'Assemblée nationale provisoire, formée sur la base de la situation de 1911, proclame la République le 14 novembre, avec Masaryk comme président (il fut confirmé dans ses fonctions en 1920).

Légionnaires tchèques

Photographie : Légionnaires tchèques

Des Tchèques, soldats de la Légion étrangère pendant la Première Guerre mondiale, lisent un document publié par Tomas Masaryk et Edvard Benes, fondateurs du Conseil national tchécoslovaque. 

Crédits : Hulton Archive/ Getty Images

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La délicate question des frontières fut débattue à la Conférence de la paix ; la délégation tchécoslovaque signa les traités de Saint-Germain et de Trianon. Pour des motifs d'ordre historique, économique et stratégique à la fois, le nouvel État engloba les régions septentrionales habitées surtout par des Allemands des Sudètes, qui tentèrent parfois de s'y opposer (soulèvement à Liberec-Reichenberg en mars 1919). Le territoire de Těšín (Teschen, Cieszyn) fut, après plébiscite, partagé entre la Tchécoslovaquie et la Pologne dans des conditions qui les mécontentèrent toutes deux (juillet 1920). Du côté slovaque, la frontière sud fixée au Danube incorporait des régions purement magyarophones. À l'est fut annexée la Ruthénie subcarpatique, peuplée essentiellement d'Ukrainiens orthodoxes ou uniates. Au total, Tchèques et Slovaques représentaient à peine les deux tiers des habitants recensés en 1921.

La Ire République et ses problèmes (1920-1938)

La vie politique et sociale fut caractérisée par l'adoption d'institutions démocratiques, les rivalités de très nombreux partis qui rendirent nécessaire la formation de ministères de coalition peu aptes à faire de grandes réformes (élections législatives de 1920, 1925, 1929, 1935). La Constitution du 29 février 1920, inspirée par la Constitution française de 1875, établissait un régime parlementaire. Masaryk (1850-1937), jouissant d'un prestige personnel considérable, fut réélu en 1927 et 1934 ; il demeura président de la République jusqu'à sa retraite volontaire en décembre 1935 : il fut alors remplacé par Beneš (1884-1948) en faveur duquel s'unirent parlementaires du centre et de la gauche. Dans l'ensemble, les partis tchèques et slovaques tinrent à l'écart les représentants des tendances extrêmes : à droite les nationaux-démocrates (grande bourgeoisie d'affaires), à gauche le Parti communiste (formé en 1921, dirigé par Šmeral, puis, après l'épuration stalinienne de 1929, par Klement Gottwald), et même, jusqu'en 1929, le Parti social-démocrate, affaibli par la sécession des communistes. La clé de voûte de la vie parlementaire fut le Parti agrarien d'Antonín Švehla qui s'efforçait de défendre les intérêts des propriétaires fonciers au prix de compromis négociés avec les catholiques populaires de Mgr Šrámek (provenant de toutes les couches sociales) et les socialistes-nationaux de Beneš (peu nombreux, mais influents dans la bourgeoisie intellectuelle et administrative).

Discours d'Edvard Benes en 1925

Photographie : Discours d'Edvard Benes en 1925

Edvard Benes (1884-1948) dirigea le ministère des Affaires étrangères de 1918 à 1935. Il fut dès 1915, au côté de Tomás Masaryk, l'un des principaux acteurs de la proclamation de la République de Tchécoslovaquie, dont il sera le président de 1935 à 1938, puis de 1946 à 1948. 

Crédits : Hulton Archive/ Getty Images

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La question agraire se posait de façon aiguë : les très grands propriétaires (moins de 2 000 familles) possédaient près de 30 p. 100 de la surface totale, alors que la moitié des paysans n'avaient même pas un demi-hectare. Le Parlement provisoire adopta, dès avril 1919, une loi limitant la propriété foncière à 150 ha de terres arables ou à 250 ha de terres diverses. Mais l'application en fut lente et elle se fit surtout en faveur des paysans déjà propriétaires. Sur 4 millions d'hectares, les plus anciens possesseurs en conservèrent la moitié : l'État acquit des forêts, des pâturages et créa quelques fermes modèles ; en 1937, environ 1 500 000 ha avaient été redistribués. Les industries agricoles, très importantes, ne furent généralement pas touchées par la réforme. La baisse des cours mondiaux amena les paysans à se grouper en coopératives et le gouvernement à leur garantir des prix assez élevés, au frais du Trésor (loi de 1934 sur le monopole des grains).

Économiquement, des disparités existaient entre les pays tchèques industrialisés et la Slovaquie, où le secteur agricole représentait encore 62 p. 100 de l'activité en 1921 et le secteur industriel 17 p. 100 seulement. Grâce à la politique monétaire du ministre des Finances, Rǎsín, la couronne fut consolidée dès 1919, ce qui permit des rachats massifs d'actions à [...]

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Tomas Masaryk

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Légionnaires tchèques

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Discours d'Edvard Benes en 1925

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La Tchécoslovaquie abandonnée

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Pour citer l’article

Marie-Elizabeth DUCREUX, Michel LARAN, Jacques RUPNIK, « TCHÉCOSLOVAQUIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/tchecoslovaquie/