TATOUAGE

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Une pratique très ancienne

Le mot tatouage vient du tahitien tatoo, de ta, qui désigne le bâton utilisé pour frapper la peau durant l'opération d'impression, et tatau qui signifie marquer, frapper, blesser ou dessiner. Il a été rapporté par le capitaine Cook en Europe au xviie siècle et il revient au Dr Berchon, traducteur du Deuxième Voyage de Cook vers Tahiti en 1772, d'employer pour la première fois le mot tatoo. En 1858, ce dernier est officiellement francisé en tatouage et entre dans le Littré. La réalité du fait est connue bien avant qu'un nom lui ait été attribué : le navigateur espagnol Álvaro de Mendaña de Neyra (1541-1596), premier européen à explorer la Polynésie, mentionne déjà les décorations qui recouvraient le corps des insulaires.

Signes culturels codifiés

Pratique attestée dès le paléolithique – le premier exemple retrouvé sur un défunt, en Italie, date de 5300 avant J.-C. –, le tatouage est une marque corporelle formant des motifs graphiques, réalisée grâce à une encre indélébile instillée sous la peau, et chargée de significations identitaires et symboliques. Il semble qu'il ait eu aussi une visée prophylactique, bien qu'il soit difficile de démêler ce qui relève de la magie et de la médecine. Pratiqué sous toutes les latitudes, ses figures composent un langage codé renvoyant aux fondements théogoniques et sociaux propres à chaque société.

Le tatouage est réalisé grâce à une aiguille trempée dans une substance colorante qui va se loger sous l'épiderme. Une branche d'arbre aiguisée, une épine végétale, une lame de bambou, un coquillage ou une plume peuvent également servir à marquer la peau. Suie, henné, soufre, suc végétal, et bientôt poudre à fusil sont utilisés comme pigments et les couleurs dépendent des matériaux locaux. Le tatouage tirant ses effets du contraste avec la couleur de la peau plus claire, il fait place aux scarifications sur les peaux plus foncées, en particulier en Afrique noire. Aux fonctions symboliques analogues, la scarification, procédant par incisions superficielles de la peau pour la marquer de cicatrices indélébiles, recourt aussi parfois à une pigmentation au charbon de bois appliquée sur les plaies pour les assombrir.

Selon Thierry Maertens, le tatouage « fait passer sur la face visible de la peau, à partir du symbolisme social, les traces contenues de la face cachée. » Pour toutes les sociétés pratiquant le tatouage, l'homme n'est pas humain, le corps demeure « stupide » tant qu'il n'est pas tatoué. C'est dire que cette inscription marque l'accession à l'humanité et délimite la coupure entre l'inanimé et l'animé humain. Ce qui fait la stupidité du corps dénué de signes, c'est qu'il n'offre aucune prise au discours social, chargé d'attribuer une place à chaque membre du groupe. Le dessin marque également la coupure avec le « corps-mère », avec « l'Autre » ou le « Réel », c'est-à-dire avec tout ce qui est de l'ordre de l'objet.

Le tatouage prend un sens différent selon les sexes. Pour les hommes, il est un signe de pouvoir et de prestige. Ainsi chez les Kasan, les hommes les plus tatoués sont les plus glorieux à la guerre, les plus aptes à arranger les mariages. Chez les Iatmul de Nouvelle-Guinée, le tatouage est tracé sur le guerrier qui a abattu son premier ennemi, comme chez les Inuit, qui reçoivent un point sur le visage à chaque prise de baleine. Chez les Zkara, tribu berbère, le tatouage de chasse est tracé à l'épaule de manière à être découvert lors du bandage de l'arc. Chez les Guerzé de Guinée, l'initiation autorise les premiers tatouages-scarifications, interprétés comme les traces laissées sur la peau au sortir du vagin de la mère mythique qui les accouche à la vie adulte ; de même chez les Tshokwé, peuple bantou du nord de l'Angola, ils sont effectués à la sortie de la réclusion de circoncision et marquent le souvenir de la fusion perdue et une répartition spécifique des tâches selon l'âge.

En Polynésie, où la noix de bancoulier brûlée est utilisée pour dessiner des motifs abstraits définissant le statut social, le tatouage concerne aussi davantage les hommes que les femmes. Dans l'archipel des Marquises, les hommes issus des grandes familles se font décorer le corps entier, ce qui peut prendre plusieurs dizaines d'années, tandis que les femmes ne sont tatouées que sur le visage et les membres. En [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 11 pages

Écrit par :

Classification

Autres références

«  TATOUAGE  » est également traité dans :

CORPS - Données anthropologiques

  • Écrit par 
  • Nicole SINDZINGRE
  •  • 4 251 mots

Dans le chapitre « Surface corporelle et statut social »  : […] La surface externe du corps humain est aussi l'objet d'une évaluation sociale variable. Au-delà des systèmes esthétiques propres à une stratification sociale donnée, il existe universellement une pensée de la conformité corporelle, qui sépare le normal de l'anormal, les « membres » du groupe des « étrangers ». La sémiologie de l'appartenance sociale revêt ainsi des formes variées, qui consistent […] Lire la suite

COULEURS, histoire de l'art

  • Écrit par 
  • Manlio BRUSATIN
  •  • 10 355 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Perception, représentation et production de la couleur dans les civilisations antiques »  : […] Chez les Égyptiens, la notion des couleurs et de leur représentation est gouvernée par un principe fondé sur la nature des pierres précieuses qui donnent un sens précis aux couleurs et aux gemmes. Les matières colorantes utilisées en Égypte pour la fabrication des fards – le kheśebedh ( bleu lapis-lazuli), le khenemet ( rouge rubis), le nešemet (bleu azur), le mefekat ( vert émeraude) et le k […] Lire la suite

CREEK

  • Écrit par 
  • Agnès LEHUEN
  •  • 855 mots

Tribu indienne d'Amérique du Nord, qui parlait une langue muskogean et occupait à l'origine une très grande partie des plaines de Georgie et d'Alabama. Le mode de subsistance des Creek reposait principalement sur la culture du maïs, des haricots et des courges ; les femmes s'occupaient surtout des cultures, tandis que les hommes de la tribu partaient à la chasse ou à la guerre. Les Creek étaient d […] Lire la suite

MUTILATIONS RITUELLES

  • Écrit par 
  • Yvan BARBÉ
  •  • 556 mots

Pratiques qui consistent à couper, séparer, détruire ou déformer de quelque manière une partie du corps , les mutilations rituelles modifient la situation sociale ou la personnalité d'un individu d'une façon visible et reconnaissable par les membres de la société à laquelle il appartient. Ces mutilations font généralement partie des rites qui accompagnent l'initiation, le mariage ou le deuil. L'in […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Catherine GROGNARD, Dominique PAQUET, « TATOUAGE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/tatouage/