TANZANIE

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Nom officielRépublique unie de Tanzanie (TZ)
Chef de l'État et du gouvernementSamia Suluhu Hassan (depuis le 19 mars 2021)
CapitaleDodoma
Langues officiellesanglais, swahili
Unité monétaireshilling tanzanien (TZS)
Population59 678 000 (estim. 2021)
Superficie (km2)947 303

Le socialisme tanzanien

Dès l'indépendance, le Tanganyika et les îles de Zanzibar s'engagèrent, d'abord séparément puis en tant que nation unie, dans la voie du socialisme. Il s'agissait de proposer à des populations ayant subi le joug colonial des modes de développement fondés sur des valeurs humanistes et des pratiques communautaristes.

La transition postindépendance (1961-1967)

L'évolution des forces politiques

Au cours des dernières années qui précédèrent la création de la République unie de Tanzanie en 1964, le Tanganyika et Zanzibar suivirent des évolutions politiques différentes. Au Tanganyika, en novembre 1962, Julius Nyerere fut élu président au suffrage universel. Dès le 8 décembre naquit officiellement la République du Tanganyika. La T.A.N.U. devint le parti unique en 1965, afin d'abolir toute dissension entre les organisations à base ethnique ou raciale créées pendant la période coloniale. Les contestations et les formes de résistance aux changements politiques qui apparurent au sein de la fédération syndicale nationale (Tanganyika Federation of Labour) et dans l'armée furent habilement jugulées par le nouveau pouvoir en place.

À Zanzibar, le rapprochement avec le Tanganyika fut, dans un premier temps, empêché par un mouvement révolutionnaire qui renversa la monarchie en place. Le sultan de Zanzibar dut fuir devant ses adversaires, menés par le leader de l'Afro-Shirazi Party (A.S.P.), cheikh Abeid Amani Karume. Le Conseil révolutionnaire qui fut établi, en janvier 1964, proclama la République populaire de Zanzibar et de Pemba. Il désigna Karume président et fit de l'A.S.P. le parti unique. C'est alors que s'amorça le rapprochement avec le Tanganyika. La République du Tanganyika et de Zanzibar fut ainsi constituée le 24 avril 1964, pour devenir officiellement, le 29 octobre, la République unie de Tanzanie.

La Constitution provisoire adoptée en juillet 1965 faisait du président de la République le rouage exécutif essentiel (chef de l'État, chef du gouvernement, chef de parti et chef des forces armées). Accordant au départ une autonomie institutionnelle, politique et économique à Zanzibar, cette charte prévoyait une unification totale du pays dans un délai de dix ans. L'organisation fédéraliste est cependant encore en vigueur.

Les politiques économiques et sociales

À l'indépendance, l'économie du Tanganyika et des îles de Zanzibar reposait sur une agriculture vivrière traditionnelle et sur les cultures d'exportation. Jusqu'en 1967, le gouvernement tanzanien s'engagea dans des politiques économiques similaires à celles de nombreux États africains, afin de remédier au sous-développement dans le cadre d'une économie capitaliste, notamment en orientant les efforts sur la formation des paysans, des ouvriers et des salariés de l'administration publique. En Tanzanie, l'accent fut porté sur la modernisation des pratiques agricoles par la formation des paysans et l'introduction de nouvelles techniques. Enfin, l'activité économique et sociale du pays fut contrôlée grâce à un réseau d'organisations et de syndicats encadré par la T.A.N.U.

Le socialisme à l'africaine : idéaux et choix politiques

Le 5 février 1967, lors de la déclaration d'Arusha, Nyerere proclama le « socialisme à l'africaine ». Les principes et valeurs qui étaient prônés constituèrent une référence pour justifier les prises de positions de la Tanzanie en termes de politique extérieure.

L'« ujamaa », la troisième voie à l'africaine

Nommé ujamaa en swahili, qui renvoie au concept de la « famille large », entendu comme un espace de liens affectifs et de coopération, le socialisme à l'africaine visait à favoriser un développement juste et solidaire de la population, dans le respect de l'égalité et de la laïcité. Contre les préférences religieuses, raciales ou ethniques, porteuses de divisions et de violence, l'ujamaa reposait sur la défense d'une africanité et d'une identité nationale soutenues par les valeurs de la solidarité et de l'entraide coutumière. Ces valeurs devaient s'incarner dans des mesures politiques, sociales et économiques fondées sur la participation de tous au développement du pays. La déclaration d'Arusha soulignait combien l'exploitation rationnelle des ressources du pays devait assurer le bien-être au plus grand nombre et l'autosuffisance du pays – cette dernière (kujitegemea en swahili) était le second pilier de l'ujamaa. La propriété collective des moyens de production, le respect des décisions communautaires et l'obligation morale de travailler constituaient les fondements de cette voie de développement. Pour que les valeurs de l'ujamaa soient adoptées par la société tanzanienne en construction, le gouvernement adopta le swahili comme langue nationale. Des mots déjà existants servirent de concepts de base et d'autres furent forgés. En désignant le socialisme qui devait advenir par un terme emprunté au domaine de la famille, c'était toute une vision de la nation et des rapports entre les individus qui était inventée. Si cette vision contribua à l'émergence d'un fort sentiment d'unité nationale, elle vint également renforcer le respect de la hiérarchie et de l'ordre établi.

La vie politique et institutionnelle

L'adoption d'un système politique socialiste n'eut pas d'impact majeur sur le fonctionnement des institutions instaurées après l'indépendance. Les contradictions du fédéralisme adopté à la hâte soulevaient périodiquement des velléités d'autonomie des îles, mais ne mirent pas en danger l'unité du pays. Au niveau politique, le parti unique fut l'instrument central du contrôle du pays. En 1975, un amendement à la Constitution avait renforcé le poids du parti en instituant sa primauté sur l'État. En 1977, après de longues négociations, la fusion de la T.A.N.U. et de l'A.S.P. en Parti de la révolution (Chama cha Mapinduzi, C.C.M.) consolida le système du parti unique. À Zanzibar, l'assassinat de Karume et la nouvelle présidence d'Aboud Jumbe, ancien membre du gouvernement Karume, en 1972, permirent un assouplissement du régime en place. Le C.C.M., pour asseoir son contrôle et avoir un ancrage local très fort, était constitué sur la base de cellules partisanes regroupant dix foyers, avant d'être représenté au niveau de la section, du district, de la région puis de la nation. Le C.C.M. renforça l'encadrement de la population en s'appuyant sur le réseau d'organisations et de syndicats pour la jeunesse, les femmes, les travailleurs, les parents d'élèves, les coopératives agricoles, etc., qui avait été mis en place par la T.A.N.U. Les résistances qui tentaient ponctuellement de s'organiser étaient rapidement désactivées par des arrestations pour complot, par l'adoption de lois d'exception et par le lo [...]

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Écrit par :

  • : professeur de géographie à l'université de Bordeaux-III-Michel-de-Montaigne
  • : post-doctorante rattachée au Centre d'études africaines de l'École des hautes études en sciences sociales
  • : professeur à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne

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Pour citer l’article

Bernard CALAS, Marie-Aude FOUÉRÉ, Franck MODERNE, « TANZANIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/tanzanie/