VIEL TANGUY (1973- )

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Ciné-fictions

Selon Tanguy Viel, le roman ne peut plus être ce qu’il fut : « Quand on a 25 ans en 98 et qu’on a lu Beckett, Duras, Bernhard, l’image du livre est l’image monumentale du passé, plus l’image du livre déjà défait dans toutes ses composantes. » L’écrivain contemporain doit donc tout à la fois assumer l’héritage formel des avant-gardes et la concurrence du cinéma qui, dit Tanguy Viel, « a relevé la littérature de sa fonction mimétique ». Tel est l’espace restreint, ni réaliste, ni expérimental, dans lequel l’écrivain entreprend d’inscrire ses textes. Hanté par un passé défunt, Le Black Note (1998), son premier roman, en constitue une sorte d’allégorie : un saxophoniste, persuadé de jouer du dernier instrument de John Coltrane, a péri dans l’incendie qui a détruit la maison où son quartette s’était retiré. Tout semble fini. Mais les ruines de la littérature et la puissance du cinéma offrent un nouveau matériau entièrement disponible à l’écrivain. Il lui suffit d’œuvrer au sein de ce capital d’images disponibles, lequel constitue désormais notre fonds culturel majeur. Cinéma (1999), que Viel songea à intituler Remake, donne ainsi la parole à un cinéphile obsessionnel qui raconte, du début à la fin du roman, le film de Joseph Mankiewicz Le Limier (Sleuth, 1972). En monomane quasi beckettien, ce narrateur continue de s’interroger sur les péripéties qui jalonnent un film qu’il connaît par cœur.

Décidés à emprunter au septième art « une visualité intérieure pour fabriquer des phrases », les romans ultérieurs se nourrissent d’intrigues cinématographiques et déploient des archétypes très codifiés : hold-up dans un casino balnéaire inspiré de Scorsese dans L’Absolue Perfection du crime (2001), faux enlèvement crapuleux digne de Clouzot ou de Chabrol dans Insoupçonnable (2006), avec ses arnaques à double ou triple détente. Les romans de Viel vont jusqu’à calibrer leur rythme et leur longueur en fonction de la durée effective des films auxquels ils empruntent leur grammaire : mouvement, ellipse, montage, cadrage… Mais, comme le rappelle l’écrivain, c’est là une tech [...]


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Écrit par :

  • : professeur des Universités, université de Paris-Nanterre, membre honoraire de l'Institut universitaire de France

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Pour citer l’article

Dominique VIART, « VIEL TANGUY (1973- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 novembre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/tanguy-viel/