TANDIS QUE J'AGONISE, William FaulknerFiche de lecture

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Le deuil sied aux Bundren

Présente-absente au cœur du livre, la farouche figure d'Addie Bundren, une paysanne des collines du Mississippi qui vient de mourir et dont la famille s'est mise en devoir de transporter le cadavre sur une charrette jusqu'au lointain cimetière de Jefferson, où elle souhaitait être enterrée. Toute l'action du roman gravite autour de cette dépouille sans sépulture : les multiples péripéties de la folle équipée des Bundren procèdent toutes des énormes difficultés qu'ils rencontrent dans l'accomplissement de leur tâche funèbre. Des pluies torrentielles, une rivière en crue à traverser, un incendie à éteindre : en soumettant ses héros à l'épreuve de l'eau et du feu, Faulkner double le rituel de deuil d'un parcours initiatique.

Mais au-delà de l'affairement d'une famille autour d'un cadavre encombrant, il y a le prodigieux « travail de deuil » que nous livre peu à peu le discours intérieur de chacun des dolents. Deuil vite fait, bien fait chez Anse, le mari parasite, qui ne tardera pas à remplacer la défunte par une nouvelle Mrs. Bundren. Il n'en va pas de même pour les cinq enfants que la mort d'Addie plonge dans la stupeur et l'angoisse. Mais trois au moins mèneront à terme l'entreprise de réappropriation et de liquidation que constitue tout deuil. Chez Cash, l'aîné, toute l'énergie du deuil se dépense dans la construction d'un beau et solide cercueil, dernier cadeau du fils à la mère. Chez Jewel, le bâtard bien-aimé, elle s'investit dans l'exploit héroïque. Quant au petit Vardaman, le dernier-né, il conjure son désarroi en identifiant Addie au corps dépecé d'un poisson capturé quelques heures avant sa mort. En revanche, le deuil s'avère impossible pour Dewey Dell, l'unique fille des Bundren, à peine sortie de l'adolescence et déjà enceinte, pour qui tout arrive trop tôt, trop vite, et surtout pour Darl, le fils renié et rejeté, qui ne saurait remplacer une mère toujours déjà perdue, et que l'incapacité à faire son deuil entraîne dans la folie.

Darl est fou, mais à ce fou Faulkner a confié un tiers du réci [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Écrit par :

Classification

Pour citer l’article

André BLEIKASTEN, « TANDIS QUE J'AGONISE, William Faulkner - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 avril 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/tandis-que-j-agonise/