TAHA HUSSEIN (1889-1973)

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Le combat d'un intellectuel

Né à Maghāgha, bourgade de la Moyenne-Égypte, le 14 novembre 1889, et décédé au Caire en novembre 1973, Taha Hussein, issu d'un milieu modeste, perd la vue à l'âge de trois ans. La cécité isole l'enfant, mais approfondit sa sensibilité : désormais il connaîtra les êtres et les choses par l'ouïe et le toucher. Sa famille et la maison le protègent ; la petite ville et la campagne avoisinante forment son univers. Les pauvres, auxquels il consacrera son roman Les Damnés de la terre (Al-mu‘azzabūn fi-l ardh, 1949), le fellah qu'il décrira dans L'Appel du Karawan (Du‘ā' al-Karawān, 1934), ces humbles qui voient croître dans leur champ l'« arbre de la misère », titre d'un autre de ses romans, éveillent en lui amour et pitié. Le cœur du garçon est grand, et dans le jeune infirme se développent une intelligence précoce et une tenace volonté : il ne sera pas celui qu'on destine à réciter le Coran le soir dans les demeures provinciales. À neuf ans, il connaît par cœur le livre saint ; à treize ans, il obtient d'accompagner son frère aîné au Caire où il suivra les cours de la célèbre université théologique d'al-Azhar. Déçu par le conservatisme sclérosé de cet enseignement, il s'insurge contre les maîtres d'un temps révolu. La création de l'université du Caire en 1908 permet à Taha Hussein, qui a alors dix-neuf ans, l'accès à des disciplines pour lui nouvelles : histoire, linguistique, philosophie, littérature. La civilisation occidentale lui est révélée. Il est résolu à fournir l'effort nécessaire afin d'avoir une bourse pour la France. Il y parvient et s'embarque en 1914. En moins de trois ans, il apprend le français, le grec et le latin, passe sa licence à Montpellier où il rencontre une jeune Française qu'il épousera à Paris en 1917. Après un diplôme d'études supérieures sur un sujet d'histoire romaine, il soutient en Sorbonne une thèse sur la philosophie sociale d'Ibn Khaldūn. Rentré en Égypte, il est nommé professeur à l'université du Caire : à la jeunesse, il explique ce que sont la critique moderne, les tragiques grecs, les poètes latins, la littérature française. En 1931, il est élu doyen de la faculté des lettres et le restera de nombreuses années. En 1942, il fonde à Alexandrie, d'où l'on entend les canons de la bataille d'El-Alamein, la deuxième université égyptienne ; il en sera le premier recteur. En 1950, Taha Hussein est ministre de l'Éducation nationale ; il crée l'université de ‘Ayn Shams et fait voter par les Chambres la gratuité de l'enseignement primaire. Il reprend ensuite son œuvre d'écrivain et de journaliste. Il devient président de l'Académie de la langue arabe. Le petit aveugle menacé, à la fin du xixe siècle, de végéter dans sa lointaine province, a tenu les promesses qu'il s'était faites : devenir un homme et aider les autres à le devenir ; donner le meilleur de soi-même pour éduquer un peuple ignorant et misérable ; ouvrir largement son pays aux cultures étrangères ; rendre sa place à la civilisation arabe et la faire mieux connaître hors de ses frontières.

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Écrit par :

  • : docteur ès lettres (Sorbonne), agrégé de l'Université, interprète à l'O.N.U., Genève

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Pour citer l’article

Sayed Attia ABUL NAGA, « TAHA HUSSEIN (1889-1973) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/taha-hussein/