PARENTÉ SYSTÈMES DE

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Fondements de la parenté

On peut affirmer que les systèmes de parenté n'ont pas le même rôle dans toutes les sociétés : pour certaines, la parenté semble le principe fondamental qui commande l'ensemble des relations sociales ; pour d'autres, au contraire, comme pour la société occidentale, la parenté voit son rôle réduit à fort peu de chose. Si, pour C. Lévi-Strauss, « le système de parenté est un langage, ce n'est pas un langage universel [...]. En présence d'une culture déterminée, une question se pose toujours : est-ce que le système est systématique ? » L. H. Morgan avait le premier dégagé la notion de système de parenté, mais l'anthropologie ne peut encore répondre de son exacte signification pour chacune des sociétés qu'elle étudie. Pour A. R. Radcliffe-Brown, « l'hypothèse explicite est qu'entre les différents traits d'un système de parenté particulier il y a une relation complexe d'interdépendance ». Tel est bien le but de l'analyse d'un système de parenté : faire apparaître la cohérence des relations entre les divers traits dégagés. Mais à cette cohérence interne au système s'ajoute le problème des relations que ce dernier entretient avec les autres systèmes de la société globale. C'est finalement à l'organisation de la société tout entière que se réfère tout système de parenté. Faut-il donc affirmer que la comparaison n'est possible qu'entre sociétés globales, comme le soutient E. E. Evans-Pritchard ? Ou bien, au contraire, peut-on comparer des systèmes, inscrits chacun dans des sociétés différentes ? Cette démarche implique de la part de l'anthropologue qu'il s'appuie sur un découpage a priori des phénomènes sociaux. Les difficultés sont immenses puisqu'on peut penser avec Lévi-Strauss qu'« un système de parenté ne consiste pas dans des liens objectifs de filiation ou de consanguinité donnés entre les individus ; il n'existe que dans la conscience des hommes, il est un système arbitraire de représentations ». On voit bien ici que l'analyse structurale s'intéresse aux relations sociales réelles pour en dégager, au niveau des modèles, la structure. Ainsi un système de parenté se conçoit-il comme un système de symboles, un langage particulier et dont la signification demeure partielle.

Cependant, les auteurs ne s'accordent pas sur la place respective des divers traits qui composent un système de parenté, ni sur les limites du domaine. Si, pour Radcliffe-Brown, « un système de parenté est en premier lieu un système de relations dyadiques de personne à personne dans une communauté », il comporte aussi un vocabulaire des termes de parenté, les relations des groupes comme la famille, les groupes de filiation et enfin les mariages. Evans-Pritchard, de son côté, détache de la parenté les systèmes de lignages et distingue nettement les relations de parenté des relations intra-familiales ; pour lui, lignages et familles sont des groupes, c'est-à-dire qu'il relèvent d'un autre ordre que celui de la parenté. Enfin, entre les divers aspects de la parenté et quels que soient les critères qui les distinguent, il existe des relations systématiques sur quoi repose la cohérence de l'ensemble des règles de filiation, de mariage, de résidence et de transmission des éléments constitutifs de l'identité.

Les premières études sur le mariage remontent à la seconde moitié du xixe siècle. Elles étaient le fait de juristes qui cherchaient à retracer l'évolution des sociétés humaines selon un schéma unilinéaire conduisant, par des étapes significatives, de l'homme primitif jusqu'à la société occidentale qu'ils connaissaient pour y vivre chaque jour. Ces premiers essais, en vue de construire à travers les âges une histoire des règles d'alliance entre hommes et femmes, ont été marqués par les noms fameux de Bachofen, de Morgan, de McLennan et de William Robertson Smith. Une préoccupation leur était commune : retrouver le temps des origines de l'homme et de la société. À la « Genèse », telle que l'entendaient les religions du Livre, fallait-il substituer un autre scénario que celui des descendants d'Adam et Ève ? Ainsi fut proposée et discutée la possibilité d'un âge primordial marqué par une promiscuité généralisée. Certains ont imaginé que les sociétés fondées sur la suprématie des femmes, le matriarcat, étaient nées d'une révolte des femmes contre leur condition de courtisanes imposée par la promiscuité. L'évolution était volontiers modelée sur une idéologie du progrès moral qui allait culminer dans les injonctions puritaines de l'époque victorienne. On doit à C. Staniland Wake et à son ouvrage Le Développement du mariage et de la parenté, publié à Londres en 1889, d'avoir mis en doute et contrebattu vigoureusement les idées souvent opposées de Morgan et de McLennan sur la promiscuité primordiale, celles de Morgan sur la famille consanguine et sur le passage supposé entre la matrilinéarité et la patrilinéarité, enfin sur l'importance du mariage par capture. Wake se refuse à admettre d'hypothétiques reconstructions ; il cherche des explications de caractère sociologique. Ainsi, pour lui, la cérémonie du mariage par capture n'est rien d'autre qu'une ratification publique du contrat de mariage. Cette approche sociologique se distinguait de l'interprétation moralisante d'une histoire des relations hommes-femmes qui prenait le plus souvent l'allure d'un mythe parsemé de rationalisations rassurantes, puisque celles-ci débouchaient toujours sur une apologie de la société « civilisée ».

Elle devait être reprise par un autre juriste, allemand celui-là, Joseph Kohler, qui publia en 1897 un ouvrage de synthèse intitulé La Préhistoire du mariage. Bien que le livre ait été écrit pour défendre les thèses évolutionnistes de Morgan contre celles de McLennan, son intérêt réside dans l'attention qu'il porte aux terminologies de parenté. Il y voit la manifestation de différents systèmes de classification, capables de déceler des principes d'organisation sociale. Ainsi les terminologies dravidiennes et australiennes indiquent-elles une certaine forme d'alliance de mariage, maintenant reconnue comme intermariage entre deux sections de la société. La terminologie omaha indique le mariage d'un homme avec une femme, avec la sœur du père de celle-ci, comme avec la fille du frère de la même femme. Ce système de mariage découle, selon Kohler, d'une situation de droit patriarcal, c'est-à-dire associée à la filiation patrilinéaire. À l'opposé, Kohler reconnaît, dans la terminologie choctaw (appelée ultérieurement crow), un système de mariage découlant de la filiation matrilinéaire, où une femme épouse un homme, le frère de la mère de celui-ci et le fils de la sœur de ce même homme. Les analyses de Kohler suscitèrent [...]

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Pour citer l’article

Daniel de COPPET, « PARENTÉ SYSTÈMES DE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/systemes-de-parente/